Télétravail : pour rogner sur les arrêts maladie !

21 Novembre 2018

Dans une interview à RTL, le Premier ministre, Édouard Philippe, a évoqué la possibilité d’effectuer un télétravail pendant un arrêt maladie. Sa déclaration s’inscrit dans la campagne menée par le gouvernement pour faire des économies – et en faire faire au patronat – en réduisant les arrêts de travail.

Une mission a été mise en place en septembre, à la suite des protestations du patronat contre le projet de lui faire payer les indemnités journalières pour les arrêts de travail de moins de huit jours. Elle est composée du DRH de Safran, d’un magistrat de la Cour des comptes et d’un professeur de médecine. L’objectif fixé à ce trio est de faire des propositions pour réduire le nombre d’arrêts maladie. Celles qui ont été rendues n’ont rien d’original et s’inspirent des méthodes déjà mises en œuvre par bien des employeurs contre les salariés.

Ainsi, il est envisagé qu’une contre-visite médicale lancée par le patron pourrait entraîner à elle seule l’arrêt du versement des indemnités journalières par la Sécurité sociale. Quant aux arrêts de moins de trente jours, sous prétexte de simplifier le calcul des indemnités journalières, on pourrait les remplacer par un forfait, qui pénaliserait les salariés. C’est dans ces mesures visant à rogner sur le coût des arrêts que prend place l’autorisation du télétravail à domicile, du moins pour les activités qui s’y prêtent. Car pour un ouvrier sur chaîne, un éboueur, un ouvrier boulanger, une caissière de supermarché ou une coiffeuse, on voit mal quelle forme il pourrait prendre.

Les services du Premier ministre affirment vouloir instaurer « un système plus juste, plus efficace et plus soutenable ». De leur point de vue, qui est celui de la bourgeoisie, la justice est d’aligner tout le monde par le bas, l’efficacité c’est d’économiser sur les indemnités, et le soutenable c’est ce que soutiennent les patrons. En dernière instance, Philippe aura à arbitrer sur les propositions de la mission. Mais on sait que l’arbitre est dans le camp des exploiteurs.

Vincent GELAS