Île de La Réunion : couvre-feu contre les gilets jaunes

21 Novembre 2018

L’appel des gilets jaunes à manifester le 17 novembre contre la hausse du prix des carburants et des taxes, lancé en France, a trouvé un large écho à La Réunion.

Tôt samedi matin, les manifestants ont commencé à ériger les premiers barrages. Pas moins d’une quarantaine, plus ou moins filtrants, ont été mis en place, en particulier dans des endroits stratégiques comme à proximité de l’aéroport ou du port, de la route du littoral et des nœuds de circulation sur les grands axes routiers.

Dimanche 18, puis lundi et mardi, la mobilisation s’est poursuivie sur une trentaine de barrages, dont le nombre de participants et le mode d’organisation variaient. La présence de militants associatifs donnait un caractère démocratique et réfléchi à certains barrages, où les questions d’urgence médicale ou autres étaient prises en compte pour laisser passer les véhicules.

Pour les manifestants, les revendications sur les carburants, les taxes, le coût de la vie et le montant des salaires, des pensions et des allocations s’entremêlent. Dans l’opinion, le soutien à ce mouvement est très vite passé de la question des taxes à celle de la cherté de la vie, à la nécessité d’augmenter les salaires et les retraites.

Loin de relayer ces revendications, les responsables politiques et les médias ont fait leurs choux gras des tragiques accidents et dérapages qui se sont produits la nuit, dans les quartiers les plus déshérités, où sont concentrés les habitants les plus marginalisés.

Le préfet a fait appel à des renforts de gendarmerie arrivés de Mayotte lundi 19 et de métropole mardi 20 et a instauré pour trois jours un couvre-feu à partir de 21 heures

Dans 14 des 24 communes de l’île. Dans la nuit du 20 au 21, cela a plutôt jeté de l’huile sur le feu, car ce n’est pas le nombre de gendarmes qui résoudra la crise profonde d’une société rongée par le chômage massif, en particulier de la jeunesse.

La préfecture a reçu tour à tour des élus, des représentants patronaux et une délégation composée d’une poignée de gilets jaunes parmi les 200 porte-parole venus des quatre coins de l’île. Mardi 20 novembre au soir, elle est ressortie aussi en colère qu’elle était rentrée, exaspérée par le mépris du préfet qui s’est contenté de leur déléguer un sous-fifre et refuse le principe de la présence des medias pour rendre publiques les rencontres et discussions à venir.

Le président de la région a annoncé le gel pour trois ans de l’augmentation des taxes sur le carburant. Des élus locaux de droite et de gauche proposent des mesures qui consistent principalement à demander au gouvernement de revenir sur ses décisions comme la suppression de l’APL, ou celle des emplois aidés, ou encore l’extension des défiscalisations pour les entreprises.

Quant aux syndicats de salariés, également conviés aux discussions par le préfet, ils ne se sont pas encore vraiment fait entendre. La CGTR a pris une position très générale sur la nécessité d’augmenter les salaires et les pensions.

Le mouvement est une formidable contestation de la politique qui vise à enrichir les riches et à laisser sur le bas-côté l’ensemble des classes populaires qui n’auraient pas su « traverser la rue ». Les travailleurs doivent y prendre leur place, avec leurs revendications et leurs formes de lutte.

Émile GRONDIN