États-Unis, Incendies : mieux vaut être riche et libre que pauvre et prisonnier

21 Novembre 2018

L’ampleur des incendies en Californie a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer, et les pompiers ont été incapables d’y faire face. On dénombrait, le 20 novembre, 77 morts et plus d’un millier de disparus.

On va donc sans doute annoncer d’autres victimes. La plupart ont été tuées dans l’incendie du nord, une zone pas très riche, avec un habitat souvent dispersé au milieu des forêts. Des gens qu’il était quasiment impossible d’évacuer dans un délai extrêmement court d’une heure ou deux.

L’incendie du sud a fait beaucoup moins de victimes. Il a notamment touché la richissime station de Malibu et ses villas de luxe pour célébrités. Mais là, les choses se sont souvent passées différemment. Les plus fortunés ont fait appel à des sociétés de pompiers privées, émanation en particulier de compagnies d’assurance, qui préfèrent envoyer sur place un peu de main-d’œuvre plutôt que d’avoir à rembourser les habitations luxueuses. Ainsi, la résidence de Kim Kardashian (à 60 millions de dollars) et quelques autres ont été sauvées. La compagnie d’assurance AIG notamment, qui s’occupe des clients les plus riches, possède des camions, du matériel et des unités de protection contre les incendies.

Pendant que le capitalisme protège ainsi les nantis richissimes, il en va différemment de ceux qui sont tout en bas de l’échelle, en particulier ceux qui sont en prison.

Plusieurs centaines de détenus combattent les incendies, aux côtés des pompiers. Il y en a 3 000 qui sont affectés, par petits groupes, aux diverses brigades de pompiers. En théorie, aucun détenu n’est obligé de s’engager. Mais, en prison, être volontaire ou pas n’est pas toujours possible. Les détenus touchent deux dollars par jour et un dollar par heure d’opérations. En outre, ils ont droit à deux jours de remise de peine pour une journée face aux incendies.

Moyennant quoi, l’État de Californie économise entre 90 et 100 millions de dollars par an. En 2014, les autorités californiennes s’étaient opposées (sans succès) à une extension du régime de libération conditionnelle, arguant que cela « aurait de sévères conséquences sur la participation aux incendies, ce qui serait dangereux ».

Bref, les flammes des brasiers éclairent le capitalisme aux deux bouts de l’échelle sociale.

André VICTOR