IVG : clause de conscience contre droit des femmes

03 Octobre 2018

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé et Marlène Schiappa, la secrétaire d’État en charge de l’égalité femmes-hommes, ont dans un communiqué commun condamné les déclarations anti-IVG du président du Syndicat national des gynécologues.

Le docteur de Rochambeau avait en effet fait valoir la clause de conscience qui l’autorise à ne pas pratiquer d’avortement, en assimilant celui-ci à un homicide. Face à l’émotion provoquée par ces déclarations, Laurence Rossignol, ancienne ministre de la Famille et des droits de la femme de Hollande, a déposé une proposition de loi visant à supprimer la clause de conscience. Une pétition circule sur le même thème.

Marlène Schiappa et Agnès Buzyn ont immédiatement pris leurs distances avec ces initiatives, Schiappa déclarant que « supprimer la clause de conscience serait choisir la facilité » et Buzyn que « cette clause existe pour l’instant ». Elle demande simplement un état des lieux pour savoir si des médecins plus nombreux s’en revendiquent pour refuser de pratiquer des IVG. D’ores et déjà elle affirme que, puisque le nombre d’avortements est stable, environ 210 000 par an, cela signifie qu’il n’y aurait pas de difficultés dans le pays pour avoir accès à un service hospitalier pratiquant des IVG.

Mais c’est oublier que, dans bien des régions, en pratique l’accès à un service hospitalier pratiquant des IVG est très difficile. Le dernier exemple est l’hôpital du Bailleul, dans la Sarthe, qui ne pratique plus d’IVG depuis janvier, car il ne restait plus qu’un médecin acceptant de les pratiquer. Pour les femmes de cette région, il faut donc se déplacer à Angers ou au Mans, ce qui complique évidemment les choses. Et c’est sans parler de la baisse régulière du nombre de gynécologues-obstétriciens, qui rend l’accès à l’IVG encore plus difficile. On est donc loin de la vision béate de la ministre.

De fait, le droit à l’IVG ne cesse d’être remis en cause par tous les réactionnaires, dans le corps médical et dans le reste de la société. Il est d’ailleurs bien significatif que, dans leur lutte pour le maintien de la clause de conscience, ces médecins aient immédiatement reçu le soutien de l’archevêque de Paris, qui a parlé d’une forme de dictature en cas de suppression de cette clause.

Depuis toujours, au nom de leurs préjugés religieux, les culs-bénits prétendent interdire aux femmes le droit de disposer de leurs corps. Mais qu’est-ce, sinon une insupportable dictature ?

Cédric DUVAL