Prothèses dentaires : faux cadeau

06 Juin 2018

Deux syndicats de dentistes viennent de se prononcer en faveur d’une convention avec l’Assurance maladie pour le remboursement à 100 % de certaines prothèses dentaires par les mutuelles, à partir de janvier 2020 ou de 2023.

Près de 5 millions de personnes en France n’ont pas recours aux soins dentaires parce qu’ils coûtent trop cher. Le remboursement à 100 % pourrait être un progrès, s’il permettait à tous de se soigner les dents. Mais il ne concernera pas tout le monde. Les 5 % d’assurés sociaux qui n’ont pas de mutuelle ne seront pas remboursés, par exemple. Toutes les prothèses ne seront pas concernées. Celles en céramique ne le seraient que pour les dents de devant, qui sont visibles. Pour les molaires, il faudrait se contenter des prothèses en métal, moins chères. Quant aux prothèses plus haut de gamme, ou aux implants, ils ne seraient qu’en partie remboursés ou pas du tout.

Pour compenser le plafonnement du prix des prothèses, les dentistes ont obtenu l’augmentation du tarif des soins conservateurs, tels que le traitement des caries ou le détartrage, ce qui leur permettrait, à terme, un gain net de 230 millions d’euros par an. Mais si les dentistes n’y perdent rien, au contraire, alors qui financera le remboursement des prothèses, sinon les salariés eux-mêmes, à travers une augmentation des tarifs des mutuelles ? Nicolas Revel, directeur de l’Assurance maladie, a assuré qu’« il n’y aura pas d’augmentation des tarifs des complémentaires particulièrement forte liée à cette réforme ». Tout est dans l’expression « pas particulièrement forte » dont on peut conclure que les tarifs des mutuelles augmenteront bien.

Enfin, la prise en charge des prothèses dentaires risque de s’accompagner d’un moindre remboursement des lunettes, qui sont aussi une lourde dépense. Et les négociations pour le remboursement des prothèses auditives n’ont pas encore abouti. On est bien loin du « reste à charge zéro » annoncé !

Hélène COMTE