Argentine : vers une loi légalisant l’avortement ?

14 Mars 2018

Le 20 mars, un projet de loi visant à légaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sera débattu au Parlement argentin. C’est la septième fois qu’un tel projet est présenté au Congrès mais, cette fois, il reçoit un fort soutien populaire. Mardi 6 mars, la manifestation des partisans de l’IVG était massive, avec trois fois plus de personnes dans la rue qu’il y a deux ans.

Jusqu’à présent, en Argentine, l’avortement est interdit sauf en cas de viol ou de risque pour la mère. Encore faut-il que des juges l’autorisent, et donc que ceux-ci ne soient pas réactionnaires. Au total, quelques centaines d’avortements sont autorisés chaque année, mais il y aurait un demi-million d’avortements clandestins par an, qui sont cause de nombreux décès. C’est dire l’importance de la légalisation de l’avortement.

Le projet de loi propose un avortement légal, sûr et gratuit, jusqu’à la quatorzième semaine. Il est soutenu par une campagne nationale pour l’avortement dont les partisans portent un foulard vert comme signe de reconnaissance.

C’est la première fois qu’une telle proposition ne se retrouve pas enterrée dans des commissions parlementaires. C’est que, depuis 2015, existe dans le pays une forte mobilisation des femmes engagées dans la campagne « Ni una menos » contre les violences faites aux femmes, pour que « pas une de moins » ne manque à l’appel. La mobilisation avait été marquante tant elle avait mobilisé de femmes, jeunes et moins jeunes, en 2015. Et, alors que le président actuel, Mauricio Macri, est un adversaire déclaré de l’avortement, il a dû accepter que le débat sur l’IVG soit ouvert au Parlement.

Lors de l’ouverture de la session sur ce sujet, Macri a fait une déclaration suggérant que les femmes exigeant l’avortement étaient contre la vie, ce qui a augmenté la colère, venant s’ajouter au fait que, depuis trente-cinq ans, la question de l’avortement en Argentine a été renvoyée aux calendes grecques. C’est le cas dans de nombreux pays où pèsent le poids de l’Église catholique mais aussi les intérêts économiques de ceux pour qui l’avortement clandestin est un commerce lucratif. La précédente présidente, la péroniste Cristina Kirchner, avait fait adopter une loi sur le mariage pour tous mais elle avait reculé sur l’avortement.

Les députés d’extrême gauche du Front de gauche pour les travailleurs (FIT en espagnol) sont en pointe pour défendre ce droit au Parlement. Jusqu’à présent, 71 députés sur 257 ont fait savoir qu’ils voteraient la loi, soit 27 % des élus. 40 % y seraient opposés mais 23 % n’ont pas encore fait connaître leur position. On saura bientôt si la loi passera, mais tout indique que, pour la première fois, la majorité de l’opinion publique y est favorable.

Jacques FONTENOY