Guadeloupe : les békés tentent de se venger

14 Février 2018

Cet article est extrait du journal Combat ouvrier, publication de l’organisation trotskyste antillaise du même nom (UCI).

En janvier, la direction de la plantation Bois-Debout a annoncé un plan de licenciements d’un tiers des salariés de la plantation. Sur les 49 salariés qu’elle veut licencier, 38 sont ouvriers agricoles.

Après plusieurs mobilisations des ouvriers, le 31 mars 2017, le tribunal des prud’hommes a condamné la direction à payer à 63 travailleurs les sommes volées sur leur salaire durant les cinq dernières années. Pour faire appliquer cette décision, les ouvriers ont fait grève pendant une semaine. Le petit-fils du béké Louis Dormoy, Block de Friberg, avait dû céder et signer un accord sur le barrage des ouvriers. Dès la reprise du travail la direction avait dû verser à chacun des 63 ouvriers 10 000 euros qui correspondent à une partie des sommes volées. Depuis, Block de Friberg, devenu directeur de la plantation SA Bois-Debout, pleurniche sur des prétendues difficultés financières. Au mois d’août 2017, il a réussi à obtenir la mise en redressement judiciaire de la plantation pour six mois.

Aujourd’hui, Block de Friberg prétend devoir licencier un tiers des salariés pour que l’entreprise survive. En plus des prétendues difficultés financières, il affirme devoir arrêter la production sur la moitié des parcelles parce qu’elles seraient « trop vieilles ». Dans les deux cas c’est bien la direction qui est responsable de ces difficultés et non les ouvriers ! Depuis des dizaines d’années, la famille Dormoy et d’autres békés actionnaires de la SCA Bois-Debout s’enrichissent en louant à la SA Bois-Debout le double des terres réellement cultivées. Ce sont aussi les salaires et les primes mirobolantes des Dormoy, cette fois en tant que cadres, qui représentent la proportion la plus importante des salaires de l’entreprise. Block de Friberg, qui était chef d’exploitation avant, est lui-même responsable de la mauvaise gestion des parcelles. En réalité, les Dormoy et les gros békés (qui entraînent dans leur sillage les planteurs noirs et indiens) veulent se venger des ouvriers qui les ont fait trembler en avril dernier.

D’ailleurs Block de Friberg le dit lui-même : il voudrait couler l’entreprise « pour Albert ». Albert Cocoyer est le délégué syndical de la CGTG. Les gros planteurs veulent faire payer aux ouvriers de Bois-Debout leur combativité qui a entraîné, un mois plus tard en mai 2017, les ouvriers des autres plantations à faire 42 jours de grève générale. Tout comme leurs camarades de Bois-Debout en avril, les 200 grévistes avaient obtenu en juin une victoire historique face aux patrons. En quatre ans de lutte, la détermination des ouvriers de Bois-Debout leur a permis de se débarrasser du « maître » Louis Dormoy. Ils ne sont pas prêts à se laisser faire par le dernier rejeton de la famille.

Combat ouvrier