Gauche de gouvernement : remettez-nous la même politique

14 Février 2018

Les partis de la gauche gouvernementale ne sont toujours pas remis de la déroute subie à l’élection présidentielle et aux élections législatives suivantes. Alors que Macron et Philippe déroulent leurs mesures antiouvrières et antipopulaires, alors que le gouvernement apparaît aux yeux de tous pour ce qu’il est, celui des riches, cette gauche-là n’a rien à dire aux travailleurs.

Ses dirigeants passent pourtant leur temps en réunions, colloques, congrès etc. En février le PCF aura tenu des états généraux et un conseil national. Le PS est en pleine campagne électorale pour élire son secrétaire : ses jeunesses sont au bord de l’explosion, les coups bas se multiplient et les urnes attendent d’être bourrées. Enfin pas un jour ne passe sans qu’un porte-parole de Mélenchon ou le leader lui-même ne répondent à un journaliste… qu’ils feront mieux en 2022 qu’en 2017.

Ces gens-là, plus quelques autres comme Benoît Hamon et les derniers Verts non encore complètement macronisés, forment la gauche, celle-là même qui a gouverné sous Mitterrand et sous Jospin, celle aussi qui a élu Hollande, celle que le PCF voudrait à nouveau rassembler. La première échéance qu’il propose pour cela est fixée au 22 mars, journée intersyndicale de défense des services publics. Les dirigeants du PCF voudraient faire de cette journée celle de la réconciliation de la gauche gouvernementale, unie pour soutenir les services publics et ceux qui y travaillent.

Le PS, empêtré dans sa guerre interne, ne répond rien. Mais on verra peut-être d’anciens ministres ayant participé à la mise à mal des services publics défiler, un an après, pour leur défense. Mélenchon, qui se présente en chevalier blanc depuis sa sortie du PS en 2009, n’envisage aucune alliance, mais sera certainement dans la rue le 22 mars, pour son compte. Hamon et quelques autres répondront peut-être favorablement. Mais, en attendant, aucun de ces partis n’a jamais expliqué pourquoi chacun de leurs passages au pouvoir s’est terminé en déroute électorale. Aucun ne s’est demandé pourquoi leur politique a dégoûté des millions de leurs électeurs, les poussant à l’abstention, voire dans les bras du FN. Élus avec les suffrages populaires, ils ont exécuté les volontés du grand patronat, dépouillé les travailleurs et les familles modestes, laissé faire les licenciements, procédé eux-mêmes à des coupes dans les services publics. Pire encore, ils ont prétendu que servir la soupe aux patrons était bon pour les ouvriers et ont souvent essayé de faire passer leur potage en le parfumant d’attaques contre les migrants et de déclarations racistes. Défaits aux élections, ils se contentent de dire que peut-être ils se sont mal expliqués, ont été mal compris, mais qu’ils peuvent tout de même être fiers du travail accompli.

Ce sont ces débandades successives que le PS ou Mélenchon veulent faire oublier par des cures d’opposition et que les dirigeants du PCF voudraient effacer d’un coup d’éponge magique, pour pouvoir proclamer l’unité retrouvée de la gauche. Pour les travailleurs, croire aux vertus de cette unité, pour autant qu’elle puisse se reconstituer un jour, serait préparer de nouvelles désillusions.

Paul GALOIS