Tsipras : huissier des banquiers

10 Janvier 2018

Le mercredi 10 janvier devaient reprendre les ventes aux enchères des biens, et en particulier des maisons, des Grecs endettés envers les banques et l’État.

En 2015, le candidat Tsipras avait promis que pas une seule maison n’irait aux banquiers, en particulier pas la résidence principale. La loi Katséli, bien antérieure, protégeait contre l’expulsion si la valeur de cette résidence ne dépassait pas 300 000 euros. Mais, après avoir cédé à toutes les exigences des créanciers de la Grèce (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI), le gouvernement ­Tsipras a accepté d’accélérer ces enchères, une obligation pour récupérer le prochain versement des fonds européens.

Depuis plusieurs années, les expulsions ont suscité des mouvements de protestation. Ils se sont heurtés, y compris à l’intérieur du tribunal d’Athènes, à des charges de CRS et aux grenades lacrymogènes, comme en novembre dernier. La parade trouvée par le système judiciaire est le développement d’une plateforme électronique de vente aux enchères en ligne.

Bien que quelques-uns des premiers biens mis aux enchères le 10 janvier soient de grande valeur, bien que le gouvernement prétende que les propriétaires les plus pauvres seront épargnés, il s’agit au mieux d’un sursis. La loi Katséli, modifiée avec le temps, ne concerne plus qu’un très petit nombre de propriétaires à la limite de la paupérisation, et son effet s’éteindra fin 2018. Des saisies ont eu lieu dans des quartiers populaires et la presse donne comme exemple, parmi les premières ventes, celle d’un 43 m² en sous-sol à Athènes appartenant à une personne âgée. Une écrasante majorité des Grecs est composée de propriétaires de maisons ou d’appartements parfois très modestes, qui seront vendus à des prix dérisoires. Ils risquent de se retrouver à la rue, après avoir déjà vu leur niveau de vie écrasé par les taxes, les bas salaires et le chômage.

L’appauvrissement de la population est déjà impressionnant : d’après les syndicats, un million de travailleurs du privé sont payés avec un retard de trois à douze mois. Les patrons, et pas seulement les petits entrepreneurs, piétinent le peu qui reste de la législation du travail : une banque s’est vu imposer 1,6 million d’euros d’amende pour avoir employé 200 salariés à plein temps mais déclarés à mi-temps, une procédure très fréquente. Officiellement, près de 30 % des salariés travaillent à temps partiel pour 380 euros brut par mois. Les fonctionnaires ont perdu l’équivalent de quatre salaires par an. Les services publics, entre autres santé et éducation, vont voir leur budget baisser, les taxes vont augmenter et les impayés sont imputés directement sur les salaires.

Cela n’empêche pas le gouvernement Tsipras de se vanter de la progression du produit intérieur brut, de la hausse des exportations, qui profitent sans doute à certains patrons, et de la baisse du chômage, liée en réalité à la précarisation et à l’émigration de plus de 500 000 Grecs, essentiellement des jeunes. Tsipras évoque le bout du tunnel, un retour à la normale avec la fin du programme « d’aide » à la Grèce pour août 2018. Mais cette prétendue aide est bien trop utile aux banquiers grecs et européens, à tous les créanciers, pour qu’ils y mettent un point final, en tout cas pas avant d’avoir extorqué tout ce qu’ils peuvent à la population.

Sylvie MARÉCHAL