Producteurs de lait : contre la dictature des grands groupes

24 Août 2016

Les producteurs de lait des départements de l’Ouest ont à nouveau manifesté à partir du 22 août devant le siège du groupe Lactalis à Laval, en Mayenne. Ils protestent contre le prix du lait acheté par le groupe Lactalis, 25,6 centimes d’euro le litre, alors que le prix de production moyen est estimé à 34 ou 35 centimes.

De nombreux producteurs se sont endettés depuis des années et ne parviennent plus à rentrer dans leurs frais. Ils veulent pouvoir vivre de leur travail et, pour cela, il faut que Lactalis achète le lait plus cher, d’autant qu’il est vendu en supermarché près d’un euro le litre.

Les producteurs laitiers s’étaient déjà mobilisés en juillet 2015, obtenant la signature d’un accord avec les industriels du lait sous l’égide du gouvernement, qui leur garantissait le prix de 34 centimes. Mais cet accord n’a jamais été respecté par les gros collecteurs que sont Lactalis, Sodiaal, Danone ou Nestlé. Et le ministre Le Foll, qui se pose en médiateur, n’a jamais rien fait pour obliger les collecteurs à respecter cet accord.

Lactalis est celui qui pratique les prix les plus bas. Ce groupe de l’agroalimentaire, leader mondial du lait, possède entre autres les marques Président, Lactel, Bridel. Il appartient à la famille Besnier, classée cent cinquante et unième fortune mondiale par le magazine Forbes, avec 8,3 milliards de dollars.

Ce groupe qui, il y a quarante ans, était une petite entreprise de l’Ouest, est devenu en quelques années un géant à coup de rachats d’entreprises dans le monde entier… et en tirant le maximum de profits des producteurs de lait, des salariés de ses usines et des consommateurs. Premier collecteur de lait en France auprès de 13 500 producteurs, il achète à lui seul le quart de la collecte. Dans certaines régions, le groupe en a même le monopole.

Les dirigeants de Lactalis accusent les producteurs laitiers de refuser la loi du marché. Ils prennent prétexte d’une prétendue surproduction européenne et des prix bas pratiqués dans toute l’Europe depuis la fin des quotas laitiers en avril 2015, pour expliquer qu’ils ne peuvent pas payer le lait plus cher, sous peine de ne plus être concurrentiels. Ils passent sous silence le fait que ce sont eux, par leur position dominante, qui tirent les prix d’achat du lait à la baisse auprès des producteurs, et les poussent à la hausse auprès des consommateurs.

Le système des quotas laitiers, institué par l’Union européenne en 1984, imposait à chaque pays membre un volume maximum de lait à produire, sous peine d’amende en cas de dépassement. Depuis la fin des quotas, la production européenne a effectivement augmenté. Mais cette crise du marché du lait n’en a pas été une pour tout le monde : elle a été avant tout l’occasion pour des groupes comme Lactalis ou Danone d’augmenter encore leurs profits.

Les producteurs de lait dénoncent à juste titre l’attitude de ces trusts et coopératives du lait qui s’enrichissent à leurs dépens. Ils n’ont rien à attendre du gouvernement, qui s’est toujours rangé du côté des grands groupes collecteurs, et ne peuvent compter que sur leur détermination à se faire entendre.

Gaëlle Regent