Allemagne : le discours sécuritaire s’installe

24 Août 2016

Fin juillet, quatre attentats terroristes ont eu lieu en Allemagne en moins d’une semaine, faisant onze morts. Ils servent depuis à nourrir des discours sécuritaires et hostiles aux migrants. Pourtant la plus meurtrière des attaques, celle devant un centre commercial de Munich, qui à elle seule a fait dix morts et vingt-sept blessés, n’avait rien à voir avec l’islamisme.

C’est en effet le crime d’un jeune d’extrême droite, né en Allemagne, converti au christianisme. Il se réclamait de Breivik, ce fanatique d’extrême droite norvégien qui avait abattu méthodiquement 69 jeunes militants sociaux-démocrates en juillet 2011. Aucun rapport donc avec le djihadisme. Et pourtant... avant même de savoir ce qu’il en était, plusieurs dirigeants de grandes puissances ont attribué la tuerie aux terroristes islamistes. Le président américain Barack Obama a assuré l’Allemagne de « tout le soutien dont elle peut avoir besoin pour faire face à cette situation », Hollande s’est laissé aller à des déclarations sur cette « attaque terroriste » comme « nouvel acte ignoble qui vise à saisir d’effroi l’Allemagne après d’autres pays européens ». Si Merkel a été beaucoup plus prudente, les journaux, en particulier de Bavière, ont fait silence sur les motivations d’extrême droite du tueur.

Surtout, nombre d’hommes politiques se sont précipités sur l’occasion pour lancer une nouvelle offensive contre la politique d’accueil des réfugiés de la chancelière. Un député CDU a tweeté que « la culture de l’accueil est mortelle » – il a plus tard effacé son message. Les politiciens d’extrême droite ont continué imperturbablement à dénoncer l’ouverture des frontières. Dans un contexte de fragilisation du système parlementaire, de perte de crédit des partis gouvernementaux et de montée inédite de l’extrême droite, les adversaires de la « politique de l’accueil » de Merkel, dans son propre camp, à l’extrême droite et aussi dans les rangs des sociaux-démocrates, utilisent les attaques du mois de juillet pour leurs ambitions politiciennes.

En effet des élections auront lieu en septembre, avant la principale élection du pays, la législative, à l’automne 2017. Ils font la course derrière le parti d’extrême droite AfD (Alternative für Deutschland) pour lui reprendre des voix. La CSU, parti bavarois allié de la CDU de Merkel, use dans le sud de l’Allemagne de thématiques et d’un vocabulaire qui n’ont pas grand-chose à envier à l’AfD.

Mais ces prises de position pèsent sur le climat politique, et le gouvernement, deux mois seulement après avoir restreint le droit d’asile, a présenté une série de propositions sécuritaires, avec notamment le renforcement des effectifs policiers, la possibilité pour l’armée d’intervenir en cas d’attaque terroriste, l’expulsion plus rapide des étrangers condamnés à des peines de prison. Les politiciens, aussi impuissants qu’ici à lutter contre le terrorisme, en rajoutent dans la démagogie anti-immigrés, réclamant d’interdire la burqa ou de priver de la nationalité allemande ceux qui ont participé à des actions terroristes à l’étranger.

Loin d’affaiblir l’extrême droite, la course derrière l’électorat de l’AfD ne pourra que renforcer les courants réactionnaires et répandre un peu plus, en Allemagne aussi, le poison de la xénophobie.

Alice MORGEN