La loi des « marchés », selon leurs économistes

09 Mai 2012

Dans un reportage réalisé en mars dernier, un journaliste interviewait, pour l'émission Là-bas si j'y suis, un dénommé Nicolas Doisy, « chief economist » au sein de Cheuvreux, filiale de courtage du Crédit agricole, dans ses bureaux de Paris-La Défense.

Quelques semaines avant l'élection présidentielle, ce zélé serviteur du système capitaliste commentait une note rédigée de sa main, à destination des investisseurs que Cheuvreux conseille. Le succès de François Hollande y était envisagé comme probable, ainsi que le scénario que ce dernier devrait suivre afin de se conformer au plus près aux exigences de la finance, les seules qui comptent pour des gens comme Doisy.

Les positions du candidat du Parti socialiste y sont ainsi analysées : « Dans la mesure où la politique de croissance proposée par Hollande échouera à coup sûr, elle est probablement conçue comme une astuce pour éluder la question du marché du travail au cours de la campagne et servir d'édulcorant au-delà. [...] La seule question est de savoir si François Hollande va ne serait-ce que tenter de s'en tenir à ses promesses, ou s'il reviendra volontairement sur elles dès qu'il sera élu. Le sens commun lui conseille de se diriger tout de suite vers l'indispensable libéralisation des marchés du travail et des services. »

C'est ainsi qu'est évalué le changement de personnel politique par les capitalistes et leurs employés, qui « ne s'embarrassent pas de finasseries », comme Nicolas Doisy le revendique au cours de l'entretien. Voilà pourquoi il prédit que « François Hollande va avoir à naviguer à travers des forces dans la gauche, notamment à cause du référendum manqué de 2005, et dans cette perspective il serait politiquement intelligent que ses pairs de l'Eurozone, ses partenaires allemands, belges, italiens et ainsi de suite, permettent à François Hollande de prétendre qu'il leur a arraché quelques concessions, même si c'est faux en réalité. La demande de renégociation du traité serait alors utilisée pour rouler, tromper le public français, en lui faisant accepter des réformes convenables, dont celle du marché du travail. »

Démarche au demeurant parfaitement normale, aux yeux de M. Doisy, dans le but de servir la « bonne cause », en l'occurrence la déréglementation totale de l'emploi qui serait nécessaire au maintien du profit des capitalistes, ses employeurs. En particulier, ajoute-t-il dans l'interview, le CDI, le contrat à durée indéterminée, serait dans le collimateur des « marchés ».

La seule chose qui laisse ce monsieur sans réponse est l'évocation d'une possible perturbation du scénario par une mobilisation des travailleurs contre l'austérité, comme on peut le voir dans l'interview filmée et visible sur Internet. En attendant la concrétisation...

Viviane LAFONT