Italie : la protestation des camionneurs

01 Février 2012

Gauche et syndicats rejettent les travailleurs indépendants vers la droite

Parti de Sicile, le mouvement s'est étendu en quelques jours à toute la péninsule : protestant en particulier contre le prix du gazole qui atteint maintenant 1,80 euro le litre, les camionneurs italiens ont rapidement bloqué une grande partie des transports de marchandises, avant d'obtenir des concessions partielles.

Leur mouvement s'est ajouté à celui des pêcheurs, venus protester à Rome, eux aussi contre le prix du gazole, qui ne leur permet plus de s'en sortir, mais aussi des chauffeurs de taxis, des pompistes, des pharmaciens et même des avocats, tous atteints à des degrés divers par les mesures du gouvernement Monti.

La « libéralisation » en marche

Après son installation au pouvoir en novembre, Monti n'a pas perdu de temps, lançant immédiatement un plan d'austérité, le troisième en quelques mois. Il en est maintenant à ce qu'il nomme la seconde phase : après l'austérité, il s'agirait de préparer la croissance en augmentant la compétitivité du pays. Celle-ci viendrait de mesures de libéralisation s'attaquant à ce qui est dénoncé comme les « privilèges » de certaines professions, tel le numerus clausus existant pour les pharmaciens ou les taxis. Mais cette libéralisation remettrait aussi en cause la gestion publique des transports urbains ou de la distribution de l'eau.

Ces mesures ne ramèneront pas forcément la croissance, mais elles correspondent aux appétits de grands capitalistes qui voudraient faire sauter ce qui limite leur contrôle de certains secteurs de l'économie. Le grand capital, dont Monti est le représentant, veut avoir le champ libre et faire table rase de la concurrence de centaines de milliers de petits commerçants, artisans ou entrepreneurs individuels, quitte à leur faire rejoindre l'armée des chômeurs.

Ces catégories, petites-bourgeoises même si elles travaillent souvent dur et pour un revenu à la limite de la survie, ne sont pas les seules visées dans cette deuxième phase du plan Monti. La privatisation des transports publics ou des réseaux d'adduction d'eau a de quoi inquiéter leurs travailleurs. Enfin la phase suivante annoncée est la réforme du contrat de travail, qui abolirait les protections contre les licenciements et ôterait pratiquement tout effet aux conventions collectives garantissant le niveau des salaires et les droits ouvriers.

En s'en prenant à ces tout petits entrepreneurs, Monti sait qu'il peut avoir l'appui des partis de gauche et même de certains salariés qui considèrent avec hostilité ces travailleurs indépendants. Il sait aussi qu'en retour ces derniers et surtout leurs organisations seront indifférents, voire favorables aux attaques suivantes visant de nouveau les salariés.

La gauche et les syndicats rejettent le mouvement

La seule réponse à ce grand « diviser pour régner » serait d'affirmer la solidarité de tous ceux qui sont attaqués par ce gouvernement du grand capital. Mais on en est loin. La protestation des camionneurs a été la cible des attaques de la presse, qui a dénoncé la présence en son sein d'éléments d'extrême droite, voire en Sicile de mafieux, d'indépendantistes et même d'un membre de la famille du bandit Salvatore Giuliano ! Même si c'est vrai, cela ne retire rien aux raisons de leur colère. Mais le Parti démocrate, dit de gauche, qui soutient le gouvernement, a fait chorus à ces attaques, tout comme les grandes confédérations syndicales.

Tout ce qu'a trouvé à dire Susanna Camusso, secrétaire générale de la plus influente d'entre elles, la CGIL, a été que les camionneurs, par leur mouvement qui a bloqué l'économie, « ont dépassé la limite ». Autant affirmer qu'un mouvement de travailleurs salariés dirigé par la CGIL n'en fera donc jamais autant. Et d'ailleurs, lorsque les plans d'austérité successifs s'en sont pris aux travailleurs, par exemple en repoussant l'âge de la retraite, la CGIL n'a proposé aucune véritable riposte.

Si jamais les catégories visées aujourd'hui par les mesures de Monti avaient pensé regarder du côté de la gauche et des organisations syndicales, elles sont édifiées : de ce côté-là elles ne trouveront nul soutien et seront traitées de fascistes ou de mafieux. Il n'y a pas de plus sûr moyen de les rejeter du côté de la droite, de l'extrême droite ou de la Ligue du Nord, qui ne reculent devant aucune démagogie vis-à-vis de couches sociales qui forment une fraction de leur électorat.

Face à l'offensive de ce gouvernement, il serait vital au contraire que la classe ouvrière montre sa force et sa capacité à le faire reculer ; non seulement pour défendre ses propres intérêts, mais aussi pour attirer de son côté tous ceux qui subissent les effets de la crise et de la politique du capital.

André FRYS