Brésil : Lula réélu, pour quelle politique ?

01 Novembre 2006

Le 29 octobre, Luiz Inacio Lula da Silva, autrement dit "Lula", a été réélu à la présidence du Brésil. Du premier au second tour, il est passé de 48,6 à 60,2% des votes, tandis que son adversaire, Geraldo Alkmin, chutait de 41,6 à 39,2.

Après les scandales à répétition qui avaient frappé son parti, le PT (Parti des Travailleurs), et l'échec relatif que constituait sa mise en ballottage, Lula cette fois, à la différence de son attitude avant le premier tour, a fait vraiment campagne. Il a vanté le succès de programmes sociaux comme la "Bourse famille", s'est présenté en défenseur des travailleurs et des classes pauvres et a dénoncé les plans de privatisations et de réduction des budgets sociaux de son adversaire.

Cette campagne en direction des pauvres a payé: Lula a eu un grand succès dans les régions les plus deshéritées du pays, le Nordeste et le Nord, alors qu'il a été battu dans les anciens bastions du PT, à Sao Paulo (50% de la production industrielle du pays) et au Rio Grande du Sud.

Pour ce second mandat, Lula annonce qu'il donnera la priorité aux pauvres et aux régions où ils sont les plus nombreux. "L'adversaire maintenant, c'est les injustices sociales", a-t-il déclaré, ajoutant aussitôt: "Il faut que tout le monde s'unisse pour faire croître le Brésil." Et cette seconde phrase résume son projet réel.

Car cette union et ce dialogue qu'il propose à l'opposition de droite, il les a pratiquées depuis quatre ans, chaque fois qu'il s'est agi de prendre des mesures contre les couches populaires. Quant à la croissance économique, elle enrichira à coup sûr les bourgeois mais elle ne se traduira pas par beaucoup d'emplois nouveaux ni par des salaires en hausse.

Lula avait dû remettre à plus tard une réforme de la Sécurité sociale, comprenant l'aggravation des conditions de la retraite et celle de la législation du travail. Il se prépare à les réaliser maintenant, pour la satisfaction du patronat. Le président de la FIESP, le Medef brésilien, déclarait entre les deux tours: "Notre candidat sera celui qui obtiendra le plus grand nombre de suffrages et sera donc en mesure de mettre en oeuvre les réformes du système politique, de la fiscalité, de la Sécurité sociale et de la législation du travail, dont le Brésil a besoin."

Lula a gouverné pendant quatre ans en favorisant les riches, facilitant les exportations, remboursant les banquiers, s'attaquant aux fonctionnaires et aux retraités. C'est cette politique qu'il va poursuivre, avec peut-être quelques mesures d'assistance aux plus pauvres. Le bruit court qu'il proposerait le portefeuille de l'Agriculture à Delfim Netto, l'ancien ministre de l'Économie de la dictature militaire. Est-ce que cela se confirmera? Le seul fait que cette hypothèse apparaisse comme possible est tout un symbole.

Vincent GELAS