Transport aérien : le vol des vautours

14 Septembre 2022

Fin août, le gouvernement italien a choisi les compagnies Air France-KLM et leur partenaire d’outre-Atlantique Delta Airlines, associées au fonds d’investissement américain Certares, pour reprendre la compagnie publique ITA. Cette dernière avait été créée en 2020 pour succéder à Alitalia, alors en faillite.

Le rachat d’ITA par les piliers de Skyteam, l’un des trois groupements mondiaux de transporteurs aériens, n’est pas encore conclu. Mais les négociations en cours sont dites exclusives car Rome a écarté un autre prétendant, la compagnie aérienne allemande Lufthansa, pivot européen du méga-groupement de compagnies Star Alliance.

Au Portugal cette fois, le gouvernement « socialiste » de ce pays veut privatiser la compagnie nationale TAP, qui perdrait trop d’argent. Il vient d’annoncer qu’il négociait en ce sens avec Air France-KLM d’une part et Lufthansa de l’autre, après avoir éconduit le groupe constitué autour de ­British Airways et d’Iberia, membres de l’alliance internationale Oneworld, qui avait manifesté son intérêt pour cette privatisation.

La crise qui secoue le monde donne en effet l’occasion aux principaux opérateurs du transport aérien de se battre pour mettre la main sur ceux que la crise a affaiblis, afin d’étendre la surface de leurs ­méga-alliances. Avec 18 compagnies pour ­Skyteam, 13 pour One­world et 26 pour Star Alliance, celles-ci représentaient déjà plus de 60 % du trafic international et plus de deux milliards de passagers en 2019. Grâce à toute une série d’accords tarifaires, logistiques, de correspondances facilitées d’un bout à l’autre de la planète, ces alliances peuvent cumuler, telle Skyteam, 15 500 vols par jour, en trustant ainsi toujours plus de passagers.

Loin de les avoir durablement affaiblies, le trou d’air dû à la pandémie mondiale du Covid n’a fait qu’aiguiser la guerre entre elles pour s’emparer d’une part plus grande du gâteau. Il leur a même fourni plus d’armes pour mener cette guerre. Ainsi les grandes compagnies Air France, KLM, Lufthansa, etc., ont profité ces deux dernières années d’une aide massive de leurs États respectifs, et d’abord des capitaux qu’ils y ont injectés.

TAP et ITA ne font pas exception. Dans leur cas, les États italien et portugais ont pris à leur compte les dettes et, disent les financiers, ont fait le ménage. Autrement dit, ils ont ou vont licencier des milliers de travailleurs, baisser les salaires, afin de rendre ces compagnies appétissantes aux yeux de la concurrence. Celle-ci ne se privera pas de poursuivre sur cette lancée pour augmenter ses profits, tout comme le fait chez elle, et pour les mêmes raisons, Air France, qui a prévu de supprimer 4 000 emplois cette année.

Car, comme en cette fin d’été, quand cette compagnie dit et redit ne pas pouvoir augmenter les salaires car les caisses sont vides, c’est un mensonge. Un mensonge aussi gros que les 600 millions que vont coûter le rachat d’ITA, sans compter celui de TAP peut-être.

Certes, pour ce faire, Air France a dû s’associer avec des financiers afin de se conformer aux règles européennes qui lui interdisent de racheter plus de 10 % d’une compagnie tant qu’elle n’a pas remboursé 75 % de ce que l’État lui a prêté. Mais même cela ne l’empêche pas, on le voit, de s’emparer de concurrentes qui passent à sa portée.

Pierre LAFFITTE