Argentine : la crise et ses conséquences

14 Septembre 2022

Jeudi 1er septembre, la vice-présidente argentine Cristina Kirchner a échappé de justesse à un attentat. Heureusement pour elle, l’arme de son agresseur s’est enrayée.

Cet attentat a créé un choc dans le pays, ravivant notamment le souvenir des années de dictature militaire (1976-1982). En effet, le tireur semble lié à l’extrême droite, notamment selon ses tatouages. Quant à la vice-présidente, qui a exercé deux mandats présidentiels (2007-2015), elle est actuellement poursuivie pour corruption. Elle risque douze ans de prison et d’interdiction de toute fonction publique, ce qui mobilise ses soutiens au sein de la mouvance péroniste, ceux qui ne veulent garder en mémoire que la politique d’aides sociales qu’elle a pu mener en faveur des défavorisés.

Cet attentat a offert au président argentin ­Alberto Fernandez l’opportunité d’appeler à l’union nationale. Il a décrété un jour férié et la centrale syndicale CGT, appui de toujours du parti péroniste, a lancé dès le lendemain une mobilisation de soutien.

Si les classes populaires se serraient les coudes avec les classes possédantes qui les exploitent et leur font payer les multiples crises actuelles, cela arrangerait bien les affaires du gouvernement argentin. En effet, les travailleurs et l’ensemble des Argentins subissent une inflation galopante et la pauvreté frappe désormais plus de 17 millions de personnes, presque la moitié de la population.

De son côté, la priorité du gouvernement péroniste est de régler l’ardoise laissée auprès du FMI par la présidence de droite antérieure. Pour rassurer celui-ci, le président, avec le soutien de la vice-présidente, a placé au poste de ministre de l’­Économie Sergio Massa, un homme qui est connu pour ses liens avec Washington. C’est même un super-ministre car, en plus de l’économie, il a hérité aussi de l’agriculture. Or, il entend diversifier les taux de change du dollar en fonction des produits vendus, de telle manière qu’ils soient plus favorables aux entreprises de l’agroalimentaire, celles qui prospèrent dans l’exportation de soja.

Massa a rencontré les dirigeants du FMI, qui l’ont complimenté pour le nouveau plan d’austérité qu’il concocte à destination des classes populaires et qui aurait pour conséquence de réduire encore les moyens de la santé, de l’éducation et du logement. Il veut aussi réviser les tarifs de l’eau, du gaz et de l’électricité aux dépens des usagers.

En protégeant les plus riches en même temps qu’il cherche à s’en prendre aux classes populaires, le pouvoir argentin réunit tous les ingrédients qui pourraient conduire à une nouvelle explosion sociale.

Jacques FONTENOY