STMicroelectronics : nanotechnologie, gigasubventions

03 Août 2022

En visite le 12 juillet sur le site STMicroelectronics de Crolles, près de Grenoble, Macron et Le Maire ont annoncé des milliards d’euros de subvention pour construire une nouvelle ligne de production de semi-conducteurs. La capacité de production de cette usine doublerait ainsi d’ici 2026.

STMicroelectronics (ST) est détenu à 27,5 % par les États français et italien. Elle s’est associée à GlobalFoundries, une entreprise américaine, pour ce projet à 5,7 milliards d’euros, dont 2,5 milliards seront directement pris en charge par la collectivité. Les multiples entreprises de l’écosystème local du secteur de la microélectronique se partageront encore d’autres milliards.

En termes de subventions et d’aides publiques en tous genres, ce secteur, très implanté à Grenoble, est un vrai cas d’école. Depuis son origine, STMicroelectronics a bénéficié de plusieurs milliards d’euros d’aides des collectivités locales, de l’État, voire de l’Union européenne. En 1992, pour installer une nouvelle usine de production, ST avait mis en concurrence différents États, dont la France, l’Italie ou Singapour. Le gouvernement français ayant fait l’offre la plus attrayante, une vaste usine de production a été implantée à Crolles. Elle s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares et emploie environ 4 500 salariés. Le seul site de Crolles reçoit annuellement au moins 200 millions d’euros de subventions. Mais, si ces sommes aident à remplir les poches des actionnaires, ce n’est pas le cas pour celles des 4 500 salariés de l’entreprise.

Parmi les 2 000 salariés en production, beaucoup sont en intérim et travaillent en continu avec des postes de douze heures le week-end, et cela pour le smic horaire. En échange des 2,5 milliards d’aides directes, la direction promet la création de 1 000 emplois. En fait, cette somme permettrait de payer à elle seule les salaires de ces mille travailleurs à 2 000 euros mensuels, charges comprises, durant… cinquante ans ! Elle correspond aussi au coût actuel de construction de 1 500 écoles ou d’une quinzaine d’hôpitaux, des investissements qui seraient pourtant indispensables à la population. L’État montre clairement où vont ses priorités.

Cet appui sonnant et trébuchant intervient dans le contexte de la pénurie mondiale de semi-conducteurs, notable depuis deux ans, qui perturbe et ralentit fortement plusieurs secteurs de l’industrie, dont celui de l’automobile. Pour défendre les intérêts de leurs capitalistes nationaux, au nom de la relocalisation de la production et de la souveraineté économique, les gouvernements de chaque pays sortent le carnet de chèques. Le gouvernement allemand a obtenu la construction d’une giga-factory du groupe Tesla à Berlin. Les États-Unis viennent pour leur part d’annoncer qu’ils allaient injecter 50 milliards de dollars d’argent public dans la microélectronique. Le gouvernement français se vante aujourd’hui d’assurer le développement d’une filière bien française dans ce secteur. Pour garantir les profits de leurs capitalistes, pour assurer les investissements que ceux-ci refusent de faire à leurs frais, les politiciens ne sont jamais à court de discours patriotards… et d’argent.

Cette annonce permet ainsi à un Le Maire de se prévaloir d’avoir remporté la guerre qui l’opposait à ses concurrents étrangers. Et de plastronner : « C’est la bataille la plus fascinante que j’aie jamais menée. » À la faveur d’une interview au Figaro, il a même évoqué les appels qu’il a reçus des industriels pour « qu’il plaide leur cause auprès de ­STMicroelectronics et les aide à avoir un accès privilégié à sa production ». L’État est ainsi, non seulement le VRP des actionnaires de ST, mais l’entremetteur de son service commercial ! Il est vrai qu’un marché qui devrait passer de 500 milliards actuellement à 1 000 milliards d’ici 2030 a de quoi aiguiser les appétits de bien des industriels.

Correspondant LO