Salvador : 50 ans de prison pour une fausse couche

06 Juillet 2022

Au Salvador, le 29 juin dernier, une femme a été condamnée à 50 ans de prison pour « homicide aggravé » suite à une fausse couche.

La jeune femme, d’une famille d’agriculteurs pauvres, qui vit dans une maison sans eau ni électricité, avait accouché sans s’en rendre compte dans les latrines de sa maison.

Transportée en urgence à l’hôpital, elle avait reçu plusieurs transfusions sanguines avant d’être arrêtée. Alors que ses défenseurs expliquaient qu’il s’agissait d’une fausse couche, les juges ont estimé que l’infortunée mère, Lesly Ramirez, avait délibérément tué le bébé après l’avoir mis au monde, Les militantes féministes dénoncent « de purs et simples préjugés de genre ». Un appel du jugement entend obtenir la libération de la jeune femme.

Déjà, en mai dernier, une autre jeune femme salvadorienne avait été condamnée de la même façon à trente ans de prison suite à une fausse couche. Le Salvador fait partie des sept pays, avec le Nicaragua, le Honduras, la République dominicaine, Haïti, Suriname et Malte, qui interdisent tout avortement, auxquels vont s’ajouter bientôt la moitié des États nord-américains.

Depuis sept ans, au Salvador, il n’y avait pas eu de telles condamnations. Elles interviennent sous la présidence de Nayib Bukele, élu en 2019, qui avait dénoncé ces condamnations comme une « honte » et promis la dépénalisation de l’interruption de grossesse en cas de danger pour la vie de la femme enceinte, ainsi que le mariage pour les homosexuels.

Mais, pour des calculs politiciens, ces promesses ont été remballées en septembre 2021. Pour calmer la colère des collectifs de femmes, entre décembre et février dernier, le président a fait libérer cinq femmes elles aussi condamnées à de lourdes peines de prison pour fausse couche. Mais, avec ces nouvelles condamnations, le Salvador bafoue à nouveau les droits des femmes.

Pour expliquer ces renoncements, il a été évoqué le poids de l’Église qui joue à plein dans toute l’Amérique latine. Il s’y ajoute la couardise des politiciens, y compris de ceux qui se prétendent un tant soit peu progressistes. Mais ces obstacles sont surmontés quand les femmes se mobilisent comme elles l’ont fait en Irlande, en Argentine, au Chili ou en Colombie.

Jacques FONTENOY