Mali : un nouveau massacre

22 Juin 2022

Dans la nuit du 18 au 19 juin, 132 personnes ont été tuées dans les villages de Diallassagou, Dianweli et Dessagou, dans le centre du Mali, par des forces djihadistes.

Les populations continuent ainsi à payer de leur sang la situation catastrophique au Sahel et l’absence de toute perspective de solution.

Les commentaires en France sur ce massacre épouvantable n’ont pas manqué pour souligner le renforcement des groupes terroristes depuis que l’armée française a été éjectée du Mali. Mais ils oublient de dire que, en neuf ans de présence militaire, la France n’avait réussi qu’à se faire haïr, pas à faire reculer les djihadistes. Au contraire même, les attaques terroristes se sont répandues dans toute la région, touchant désormais le Burkina, le Niger et menaçant le nord de la Côte d’Ivoire.

Les villages où ont eu lieu les massacres ont été de surcroît largement détruits. Le marché et des bâtiments officiels ont été dévastés ou incendiés. Tout a été fait pour que la population ne puisse pas revenir et reprendre ses activités d’élevage. Si l’ampleur de ce massacre est exceptionnelle, en revanche de tels faits deviennent de plus en plus fréquents. À tel point que 90 000 habitants ont fui dernièrement leurs villages situés au nord-est du pays, pour échapper aux tueries.

Si cette fois la junte militaire au pouvoir au Mali a rendu public ce massacre et organisé un deuil national de trois jours en hommage aux victimes, c’est loin d’être toujours le cas. Certaines tueries sont cachées pour ne pas contredire les communiqués triomphalistes des militaires et de leur chef, Goïta. En effet, celui-ci veut démontrer que l’armée malienne, largement accusée de corruption et de s’en prendre aux civils plus pour les racketter que pour les protéger, est capable de combattre efficacement les groupes djihadistes. Il multiplie donc les opérations antiterroristes et annonce des résultats dont doutent bien des habitants. Ce gouvernement putschiste est arrivé au pouvoir en s’appuyant sur l’hostilité que les années de présence militaire française avaient légitimement suscitée dans la population. Mais, pour garder ce soutien, il tente de démontrer qu’il peut réussir là où la France avait échoué. Et ce malgré l’embargo décidé à Paris qui affame le pays.

En subissant la violence des groupes djihadistes ou des milices de toutes sortes, la population paie le prix fort d’une domination économique qui, non seulement fait régner la misère, mais alimente le chaos politique. Pour faire reculer le terrorisme et le poids des groupes armés qui font régner la terreur dans nombre de pays du continent, il faudrait commencer par combattre le pillage infâme et séculaire qui appauvrit celui-ci et jette les populations dans une misère profonde. On ne peut l’attendre des militaires au pouvoir, même se présentant comme des opposants à l’ex-puissance coloniale.

Marion AJAR