Accidents du travail : perdre sa vie avant de la gagner

22 Juin 2022

Jeudi 16 juin, à Saint-Lumine-de-Clisson, près de Nantes, un jeune est mort sur le chantier où il effectuait un stage en entreprise d’une semaine en vue d’un apprentissage.

L’élève de troisième, qui aurait fêté ses 15 ans en juillet, a été écrasé par un mur qui s’est effondré, sur le chantier de démolition d’une maison. L’inspection du travail enquête pour connaître les circonstances précises du drame et les conditions d’encadrement.

Il n’est pas besoin d’enquête en revanche pour savoir que le travail est dangereux pour la santé. S’il paraît évident qu’un ouvrier du bâtiment est plus exposé aux accidents qu’un employé de bureau, c’est bien la course au rendement et la hausse des cadences auxquelles il faut ajouter la précarité galopante, qui expliquent que de jeunes travailleurs perdent la vie en tentant de la gagner.

Ainsi, la veille de la mort de l’élève de troisième, c’est un ouvrier de 20 ans qui est mort sur un chantier du Val-d’Oise, percuté à la tête par un bidon de ciment. Quelques jours plus tôt, le 13 juin, dans la Drôme cette fois, un ouvrier de 18 ans a été tué, écrasé par une poutre en béton. Il était en contrat d’alternance pour une compagnie de travaux publics. Et le 20 juin, dans l’Aisne, un bûcheron de 34 ans a succombé, écrasé par un arbre.

Ces quatre morts n’ont malheureusement rien d’exceptionnel. Selon les derniers chiffres officiels connus, qui remontent à 2019, plus de 730 salariés sont morts d’accidents du travail. Cela équivaut à deux morts par jour, et ce sont avant tout les travailleurs intérimaires qui risquent leur vie au travail. « Ce sont ces ouvriers qui arrivent le matin sur un chantier qu’ils ne connaissent pas, avec une équipe qu’ils ne connaissent pas et auxquels on n’accorde même pas le temps de prendre leurs marques », explique un militant de la CGT construction, les chantiers du BTP comptant parmi les lieux de travail les plus dangereux.

On peut ajouter à la liste des travailleurs en danger les auto-entrepreneurs de la livraison, qui prennent des risques énormes sur les routes pour gagner des paies minuscules, ceux du secteur agroalimentaire, mais aussi de la santé et du nettoyage, qui, d’après les statistiques du ministère du Travail, font partie des professions les plus « meurtrières ».

En mars dernier, le gouvernement avait annoncé un plan de lutte contre les accidents mortels au travail. Aussi efficace que l’un de ces numéros verts ou de ces plateformes d’écoute, dégainés par les ministres face à tous les problèmes, celui-ci prévoyait surtout de « préconiser la communication et la prévention » auprès des jeunes et des intérimaires, ainsi que des « campagnes ciblées sur les risques graves du BTP », le ministère du Travail expliquant que « ce n’est pas une question budgétaire mais une question d’information ».

L’exploitation tue, le gouvernement s’en lave les mains et dédouane même les assassins.

Nadia CANTALE