Élections législatives : premier tour de manège

15 Juin 2022

Sur près de 49 millions d’électeurs inscrits, 26 millions, soit plus de la moitié, ne se sont pas déplacés pour le premier tour des élections législatives, dimanche 12 juin.

Les abstentionnistes se trouvent surtout parmi les jeunes, 70 % des 18-24 ans n’auraient pas voté, et dans les quartiers les plus populaires. On revient donc de fait à un système électoral dans lequel seuls s’expriment les gens qui ont du bien et de l’âge. Ce cens électoral n’est plus, comme en 1830, instauré par la loi, mais résulte du dégoût des promesses non tenues et de la certitude de plus en plus partagée que les élus ne veulent ni ne peuvent faire quoi que ce soit pour les gens d’en bas. En vertu de quoi ces derniers ne voient pas pourquoi ils participeraient à un jeu de dupes.

Les possédants, leurs représentants et leur État ne peuvent que constater que 26 millions d’électeurs, en grande majorité des travailleurs, ne marchent plus au pas des illusions démocratiques. Cela ne réduit pourtant pas leur prétention à représenter l’intérêt général, tant ils sont persuadés qu’il se confond avec l’intérêt de la classe capitaliste. Et cela ne réduit pas non plus les déclarations de victoire de chacun des grands partis en présence.

Côté Nupes...

La Nupes, c’est-à-dire l’alliance France insoumise, Parti socialiste, Parti communiste, Europe écologie-Les Verts, mise en place sous l’égide de Mélenchon, a certes réussi à apparaître comme le principal adversaire de Macron à la veille du second tour. Elle donne maintenant comme enjeu à celui-ci de priver le parti présidentiel d’une majorité absolue, ce qui de toute façon ne l’empêcherait pas d’imposer sa politique. Son résultat n’indique nullement une progression électorale et la gauche réunie n’a pas réussi à faire mieux que la somme de ses parties, soit un peu plus du quart des suffrages exprimés. Uni à la progression de l’abstention dans les quartiers populaires, cela démontre suffisamment qu’elle est loin d’y susciter un espoir.

Côté Macron...

Le programme de Macron et de sa future majorité est bien connu et expérimenté depuis cinq ans. Il consiste en une série de mensonges éhontés cachant à peine de féroces attaques contre les classes laborieuses. Macron, dont chacune des apparitions hérisse l’électorat populaire, misait donc sur l’abstention de celui-ci et sur son propre silence pour faire gagner ses candidats. Ils n’ont obtenu, selon le ministère de l’Intérieur, que 25,88 % des suffrages exprimés, en nette baisse relativement aux élections de 2017. Ce pari en partie perdu contraint les candidats du président à des contorsions. On les voit maintenant tenter de diaboliser les candidats de la Nupes, autant que ceux du RN, tous assimilés à des « extrêmes » menaçant les « valeurs de la République », que seuls les macronistes incarneraient. Il n’est pas sûr que cela sauve leur majorité et, au fond, quelle importance ?

Côté Le Pen

À l’extrême droite, le RN de Marine Le Pen est le seul parti qui connaisse une réelle progression par rapport aux élections de 2017, en atteignant presque 19 % des suffrages. Le plus grave dans cette montée de l’extrême droite, à laquelle il faut ajouter le parti de Zemmour, est qu’elle peut encourager les militants de ses franges les plus violentes, prêts à faire le coup de poing contre les organisations ouvrières. Pour le reste, le RN grignote l’électorat de droite, celui de LR, dont une autre partie rejoint le parti de Macron. Mais le RN maintient aussi, voire élargit son audience dans certains vieux bastions ouvriers, en particulier dans l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais. Ajouté à l’abstention, c’est le signe le plus certain de la démoralisation et de l’absence de perspectives du monde du travail, une démoralisation que la nouvelle union de la gauche avec ses tristes simulacres est incapable de combattre, quand bien même elle le voudrait.

Ces élections législatives, qui se sont déroulées pour l’essentiel dans l’indifférence, n’auront de conséquences que dans la composition de l’Assemblée nationale, au sein de laquelle les différents partis chercheront à défendre leur existence. Les véritables enjeux de la période qui s’ouvre ne se disputeront évidemment pas là. Une renaissance de la conscience ouvrière accompagnant une remontée de la combativité finiront, un peu plus tôt, un peu plus tard, par changer la donne, car le patronat et le gouvernement pousseront eux-mêmes les travailleurs à poser leurs problèmes sur le terrain de la lutte de classe.

Paul GALOIS