Soudan : l’armée assassine au Darfour15/06/20222022Journal/medias/journalnumero/images/2022/06/2811.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Soudan : l’armée assassine au Darfour

130 personnes au moins ont été tuées dans la localité de Kulbus au Darfour. Ce n’est pas la dispute initiale entre deux tribus pour une parcelle de terre qui est à l’origine de ce bilan, mais l’intervention des forces de répression du régime militaire au pouvoir à Khartoum.

Un blessé, interrogé par Radio France Internationale, met ainsi en cause les Forces de soutien rapide (FSR) du régime. « Les miliciens étaient à moto, accompagnés de pick-up des FSR, armés de mitrailleuses. On a essayé de les repousser, mais ils attaquaient à l’arme lourde. Ils ont encerclé le village, personne ne pouvait sortir. Ils ont tué des enfants, tout pillé, tout brûlé. »

Ces morts s’ajoutent aux dizaines de milliers d’autres assassinés dans cette région. Lorsque le gouvernement central du dictateur Omar Al-Bachir a déclenché la guerre contre les mouvements qui voulaient l’indépendance du Sud-Soudan, il a recruté au début des années 2000 des supplétifs de l’armée officielle parmi les tribus arabes de la région. En échange de leurs bons services, ils ont été autorisés à se payer sur les zones où ils opéraient et à s’emparer des terres, non seulement au Sud Soudan aujourd’hui indépendant, mais aussi dans la région voisine du Darfour qui est restée sous le contrôle de l’État soudanais.

Ces milices appelées janjawids, ce qui signifie les diables à cheval, sont devenues une composante essentielle de l’armée soudanaise sous ce nom de Forces de soutien rapide (FSR). Elles ont mené la répression contre les manifestants rassemblés autour du siège de l’état-major à Khartoum le 3 juin 2019, permettant ainsi à la junte militaire de s’installer au pouvoir après avoir évincé Omar Al-Bachir. Leur chef, le général Hemetti, est aujourd’hui l’un de ses principaux dirigeants et ce sont ses FSR qui sont envoyées jour après jour pour réprimer les manifestants qui exigent le départ des militaires.

En 2019, lorsque la population soudanaise s’était mobilisée et avait réussi à faire partir Omar Al-Bachir, les Darfaouis venus la soutenir avaient été accueillis à bras ouverts. Les manifestants leur demandaient de leur pardonner pour tous les crimes commis en leur nom par le dictateur déchu. L’espoir s’ouvrait de mettre fin à cette guerre sanglante. Mais aujourd’hui une junte militaire a pris la succession, et les habitants du Darfour comme les travailleurs soudanais le paient de leur sang.

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