Élections législatives : le nouveau jeu de Nupes

15 Juin 2022

Avec 5,9 millions de voix pour les candidats de la Nupes, soit 26 % des exprimés, au coude à coude avec ceux estampillés par Macron, Mélenchon et ses alliés ont réussi leur opération politique. Ils pourraient en tout cas se présenter comme la première force d’opposition à Macron.

L’augmentation du nombre de députés de cette nouvelle union de la gauche sera plus importante que sa progression en nombre d’électeurs. La Nupes a obtenu au premier tour de ces législatives de 2022 le même nombre de voix que la somme des suffrages recueillis en 2017 par les candidats PS, PCF, EELV et LFI.

Mais la répartition des circonscriptions par un arrangement entre partis a évité la dispersion des voix, permettant aux candidats de la Nupes de se maintenir dans 376 circonscriptions. Selon leur capacité à convaincre les abstentionnistes du 1er tour de se déplacer au second, selon la façon dont les électeurs des candidats RN ou macronistes éliminés choisiront de se comporter dimanche 19 juin, la Nupes aura entre 150 et 190 députés, dont une centaine pour LFI qui deviendra le centre de gravité de la gauche parlementaire.

À défaut de changer la vie des travailleurs, l’opération Nupes va propulser à l’Assemblée nationale un bataillon de nouvelles personnalités. Elle va permettre à quelques notables du PS, EELV ou du PCF de sauver leur fauteuil. Elle permet à cette nouvelle alliance de se poser en principal opposant à Macron et comme une alternative possible dans cinq ans, voire avant en cas de crise politique.

Mélenchon et ceux qui l’entourent n’ont même pas eu besoin de faire des promesses trop radicales. Les futurs députés de la Nupes se disent antilibéraux, féministes et écologistes sans jamais contester la propriété privée des capitalistes, ceux qui ont pourtant le vrai pouvoir.

Il est vrai que leurs adversaires réactionnaires contribuent à les faire passer pour des radicaux. En déclarant « la police tue », un simple constat, Mélenchon a déclenché une levée de boucliers surjouée, de Darmanin à Le Pen. En rabâchant que Mélenchon est « d’extrême gauche », Valls, Borne ou Castaner, qui ont appartenu comme lui au PS, valident son personnage de contestataire. Mais les cris d’orfraie de la droite et de l’extrême droite ne suffisent pas à transformer le caméléon Mélenchon et sa troupe de nouveaux députés en défenseurs des intérêts des travailleurs.

Au fond, cette opération politique n’est que la ré- édition, à quelques décennies de distance, de ce que fut l’opération Mitterrand. Quelques déclarations radicales, et surtout la caution de l’ensemble des partis de gauche et en particulier du PCF, lui avaient permis d’apparaître comme l’alternative obligée à la droite.

Par la suite, la seule politique du Parti Socialiste face à un Chirac ou un Sarkozy, a été d’attendre suffisamment que ceux-ci se discréditent pour que les électeurs se tournent un peu plus vers lui.

Tout ce que peut espérer Mélenchon est qu’à la longue le discrédit du parti macroniste finisse par profiter à son regroupement. Il faudrait être bien naïf pour voir dans ses quelques déclarations d’apparence radicale une quelconque rupture avec ce que certains nomment le « social-libéralisme » du PS : il s’agit seulement d’en proposer une nouvelle version. Quant à savoir s’il pourra en sortir un nouveau Mitterrand, Jospin ou Hollande, rien ne dit que les événements sociaux et l’évolution de la crise capitaliste en fourniront un jour l’occasion.

Xavier LACHAU