Canicule : les profits flambent, la planète brûle

15 Juin 2022

Selon les médias, relayant les météorologues, la vague de chaleur qui frappe l’Europe du Sud est d’une précocité inédite.

Les moins alarmistes des scientifiques et des commentateurs annoncent tout de même que ce genre de désagrément climatique, en se répétant et en s’amplifiant, peut rapidement tourner à la catastrophe. C’est déjà le cas dans les pays à la fois les plus pauvres et les plus exposés, comme en Inde, région frappée par une chaleur mortelle, au sens propre du terme.

Le changement climatique est donc là et bien là. Le fait qu’il résulte en grande partie de l’activité industrielle n’est plus à démontrer, de même que la nécessité d’agir pour, entre autres, limiter l’émission des gaz à effet de serre. Tous les responsables politiques, en Europe du moins, font mine de s’inquiéter de l’avenir climatique et le discours ambiant est du plus beau vert, depuis les cours d’école jusqu’aux circulaires électorales. Et pourtant…

Le jour où la météo annonçait cette vague de chaleur, et alors que les autorités recommandaient de s’hydrater et de marcher à l’ombre, TotalEnergies signait un contrat pour l’exploitation du plus grand champ gazier au monde, au Qatar. On peut bien entendu dire que, si ce n’était pas Total, ce serait un autre, que l’humanité va encore utiliser du gaz pendant des siècles, voire que le gaz est moins polluant que le charbon ou le pétrole. Mais en fait personne n’en sait rien. La certitude est que ce contrat montre la liberté totale laissée au capital de faire ce qu’il veut, où il veut et quelles que soient les conséquences. La recherche du profit prime sur toute autre considération et éclaire crument les discours écologistes et démocratiques des gens en place. En plus de la pollution, l’accord gazier renforce en effet le Qatar, une dictature féroce dans laquelle les travailleurs migrants sont réduits à un quasi-esclavage et où l’homosexualité est considérée comme un crime.

Non seulement les États ne cherchent pas à limiter les activités de groupes comme Total, mais ils les encouragent. C’est vrai pour la France et le Qatar, qui ont veillé sur l’accord gazier comme sur bien d’autres. C’est aussi vrai pour toutes les institutions. Les députés européens ont ainsi planché des mois pour s’accorder sur quelques limitations, bien peu contraignantes, aux émissions polluantes des énormes moteurs des navires de commerce. C’était encore trop pour les armateurs, pourtant assis sur un tas d’or, et le texte a finalement été rejeté, le 8 juin.

On pourra donc crever de chaud, de soif ou de misère, avec des discours pro-patronaux repeints en vert pour tout rafraîchissement, pourvu que les caisses de TotalEnergies et des autres se remplissent.

Paul GALOIS