Allemagne : hospitaliers en grève pour plus de personnel

15 Juin 2022

Depuis début mai, entre 1 500 et 2 000 salariées des six CHU de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont entamé une grève illimitée pour l’embauche de plus de personnel.

À l’été 2018 déjà, plusieurs centaines de travailleurs avaient fait grève dans deux de ces CHU, à Düsseldorf et Essen, pendant trente-quatre jours. Ils avaient obtenu l’embauche de soignantes, d’ouvriers, et d’administratifs. Chaque fois que les services se retrouvaient en sous-effectif pendant plusieurs jours, le nombre de patients devait être automatiquement réduit. Mais les directions des CHU n’ont pas cessé de remettre en cause ces concessions et ainsi d’aggraver les conditions de travail.

Cette fois-ci, ce ne sont plus deux, mais les six CHU du land qui font grève ensemble. Selon les sites, entre 150 et 500 travailleuses et travailleurs sont en grève, en majorité des infirmières. La grève est donc minoritaire, mais depuis six semaines elle fléchit peu. Faire grève dans un hôpital n’est pas simple, et il y a si peu de personnel dans les services que les soignants sont généralement réquisitionnés par avance. La première épreuve de force a consisté à imposer que, là où des soignants voulaient faire grève, des lits ou même le service entier soient fermés pour le leur permettre. Des équipes qui n’auraient pu l’imaginer quelques jours auparavant se sont serré les coudes et sont entrées en grève ensemble, forçant la fermeture de lits et parfois de services.

Dans l’un des CHU, à Essen, des militantes ont proposé et obtenu dès le début la mise en place d’un comité de grève, impliquant y compris des grévistes n’ayant jamais eu auparavant d’activité militante. Au cours des assemblées générales quotidiennes, toutes les questions relatives à la grève sont ouvertement posées, discutées et votées. Le fait que tout le monde soit associé et participe aux décisions permet à beaucoup plus de personnes de réfléchir à la grève, d’être conscientes et de s’y impliquer activement.

Jusque-là, le gouvernement régional, qui gère les CHU, et les directions des CHU refusent de céder quelque chose de significatif. Ils pensaient que, dès qu’ils proposeraient de négocier, les grévistes et notamment les syndicalistes s’empresseraient de répondre présent et pour cela suspendraient la grève, comme de coutume. Mais, cette fois, les grévistes ont compris qu’il ne fallait surtout pas abandonner leur seul moyen de pression, la grève, sous peine de se faire balader. Les six CHU ont donc décidé de poursuivre le mouvement jusqu’à ce qu’un accord soit conclu noir sur blanc. Il faut dire que le syndicat verse aux grévistes un soutien financier. Ils ont aussi le soutien de beaucoup de patients, des travailleurs d’autres hôpitaux et entreprises ainsi que des passants, qui encouragent les grévistes à ne pas lâcher.

La direction du CHU de Bonn tente à présent de faire interdire la grève par des arguments juridiques. Le motif invoqué est que faire grève pour obtenir plus de personnel serait illégal ! Les directions essaient aussi de diviser les grévistes, en proposant quelques petites concessions, uniquement pour les soignants. Pour les autres, il n’y aurait pas d’argent. Espéraient-ils vraiment que les infirmières laisseraient tomber les autres catégories avec lesquelles elles font grève quotidiennement depuis six semaines ?

Lors de leur dernière manifestation, vendredi 10 juin, les grévistes ont répondu clairement : elles continueront la grève jusqu’à ce que toutes et tous en retirent quelque chose !

Alice MORGEN