Retraites : une attaque indigne

23 Mars 2022

L’annonce par Macron du recul de la retraite à 65 ans comme première mesure phare de son plan économique pour son prochain quinquennat a été le signal pour que candidats, politiciens, économistes, femmes et hommes de télévision et de radio se déchaînent.

Leur cible est maintenant les travailleurs qui auraient le « privilège » de partir à 62ans aujourd’hui, mais en fait souvent à 63 ans. Cette campagne orchestrée fait que, à juste titre, bien des travailleurs se sentent agressés dans leur chair.

Comme si cela ne suffisait pas, Macron et ses porte-voix tiennent à ajouter : « Oui mais, il y aura la garantie pour toute personne qui aura toutes ses années de cotisations, donc 45 ans, de toucher… 1 000 euros », soit près de 30 % de moins que le smic. Aucune honte chez ces gens qui gagnent au moins dix ou vingt fois plus, sans parler de ceux qui sont classés dans les grandes fortunes !

Aujourd’hui, bien des travailleurs arrivent à la retraite sans emploi, soit comme chômeurs, bien souvent au RSA, avec un nombre d’années de cotisation insuffisant pour leur retraite à taux plein, soit comme handicapés, même pas reconnus comme handicapés du travail. La situation des travailleurs arrivant à la retraite n’a cessé de se dégrader. Ceux venant du secteur privé qui partent à l’âge légal de 62 ans ont pendant trois ans une retenue de 10 % sur leur retraite complémentaire. Les pensions de retraite ont été totalement bloquées pendant des années et la loi a même prévu d’en limiter encore la revalorisation.

En fait, les gouvernements, de droite comme de gauche, ont pillé les caisses de retraite des travailleurs. C’est ainsi, sans un sou de l’État, que les retraites des artisans, des petits patrons, des paysans, voire des cadres, ont été payées.

Une minorité d’ouvriers arrivent aujourd’hui à 62 ans en bonne santé. Prétendre que l’espérance de vie permet ce recul de l’âge de départ à la retraite est un mensonge grossier. Dans les années 1960-1970, la majorité des ouvriers n’atteignaient pas les 65 ans, âge de leur départ à la retraite. Bien avant la mesure légale, c’est le patronat lui-même qui avait organisé en masse des départs anticipés à partir de 60 ans, voire beaucoup moins. La loi n’est venue qu’entériner un état de fait. Pour faire passer des plans de licenciements, le patronat et l’État ont légalisé pendant plus de vingt ans le départ à 50 ans. Aujourd’hui, alors que les cadences ont encore accéléré, que les maladies musculo-squelettiques ont explosé, touchant des ouvrières et des ouvriers âgés de trente ans, vouloir les faire tenir jusqu’à 65 ans est indigne.

Pour remplir des caisses patronales déjà bien remplies, des pans entiers de la classe ouvrière risquent de plonger dans la misère. Face à cela, les travailleurs ont le droit et le devoir de réclamer leur dû, celui que réclamaient il y a déjà plus de cent ans des militants ouvriers dignes de ce nom. La pension de retraite devrait au moins être égale au salaire du travailleur lors de son départ en retraite et payée totalement par le patronat. Quant à l’âge de départ, il devrait être au plus à 60 ans et bien avant pour toutes celles et ceux qui ont été usés par l’exploitation, dès que leur état de santé le nécessite.

Paul SOREL