Nickel : la spéculation fait sauter la Bourse

23 Mars 2022

Depuis le début de l’offensive russe, les prix de nombreuses matières premières comme le pétrole, le gaz, le blé, l’acier, l’uranium, atteignent des records historiques.

La Russie étant le premier producteur de nickel pur, la spéculation sur ce minerai a pris une ampleur telle qu’elle a carrément paralysé le système des échanges.

Le 7 mars au matin, à la Bourse des métaux à Londres, la tonne de nickel valait 30 000 dollars, ce qui était déjà élevé. D’habitude son prix tourne autour de 20 000 dollars. Le soir, elle en valait 50 000, ce qui était du jamais vu. Dans la nuit, elle a atteint les 100 000 dollars. Cela a obligé la Bourse des métaux de Londres à suspendre la cotation. Ce prix était tellement aberrant qu’il aurait complètement bloqué l’industrie du secteur. Et la Bourse a pris la décision historique d’annuler toutes les transactions passées lors des dernières heures pour faire revenir arbitrairement le prix de la tonne de nickel à 48 000 dollars. Cette annonce a fait hurler les fonds d’investissement qui avaient réalisé des gains faramineux dans l’affaire. Ils ont dénoncé le « dirigisme » de la Bourse et l’ont traitée de « Bourse soviétique » !

On en sourirait si cet emballement spéculatif n’avait pas des répercussions sur l’économie réelle. Les industries qui dépendent du nickel sont nombreuses. Ce métal rentre dans la fabrication d’aciers inoxydables utilisés dans l’industrie aéronautique ou dans la fabrication de batteries pour l’automobile. Une telle hausse de prix ne peut qu’accentuer le désordre économique et la guerre commerciale. Et si l’exemple du nickel est exceptionnel, il est en réalité à l’image de ce qui se passe dans de nombreux secteurs économiques. Les tarifs des carburants atteignent des sommets alors même que le gaz et le pétrole russe continuent d’être livrés à tous les pays européens. Les importations ont même augmenté depuis le début de la guerre. Là encore ce sont les spéculateurs qui font monter les cours.

La guerre crée une situation incertaine qui permet aux grands groupes de manipuler les marchés et de susciter des fièvres spéculatives dont ils sont, en général, les premiers à tirer profit. Et plus la situation est incertaine, plus cela rapporte. Pour eux, c’est tant pis si cela déstabilise toute l’économie mondiale et tant pis si les conséquences pour les populations sont catastrophiques.

Pierre ROYAN