Mélenchon : la marche des illusions

23 Mars 2022

La marche pour la 6e République organisée à Paris le 20 mars aurait rassemblé des dizaines de milliers de personnes selon les organisateurs. Cette démonstration comme sa progression dans les sondages servent à Mélenchon à présenter le vote pour sa candidature comme le moyen de changer le sort des classes populaires.

Le candidat de La France insoumise (LFI) n’a pas été avare de formules qui plaisent à ceux que révulse la perspective de voir Macron réélu et qui s’indignent d’une extrême droite à des hauteurs inédites. Mais dépouillé de ces envolées lyriques, le discours vise à faire tourner à plein régime la machine à illusions électorales : « La France a la chance d’avoir dans moins de trente jours une élection qui, parce qu’elle concentre tous les pouvoirs, nous permet de les renverser tous en même temps ! », a-t-il osé.

Prétendre qu’il suffit de voter LFI pour qu’« un autre monde soit possible » est une supercherie. Hollande en 2012 avait déjà affirmé : « Mon ennemi c’est la finance », avant de s’agenouiller devant elle. La question n’est même pas de savoir si Mélenchon est plus sincère ou plus résolu que l’ancien président – ce qui reste à démontrer – mais d’être conscient que ce n’est pas le locataire de l’Élysée qui décide et impose mais le patronat et la bourgeoisie. Et ceux-là ne sont attendris par aucun résultat électoral dans leur lutte contre la classe ouvrière.

Mélenchon dénonce à juste titre la retraite à 65 ans annoncée par Macron. Mais ajoute en prime : « Si vous voulez partir avant 65 ans, avant 62 ans, pas besoin de faire des grèves qui grèvent votre budget, ou des manifestations rendues dangereuses par le préfet Lallemand, il vous suffit […] d’un bulletin de vote à mon nom ! »

Non seulement c’est un mensonge, mais c’est aussi une tentative de désarmer les travailleurs et de les anesthésier.

Les travailleurs subissent la pression d’un patronat que la crise économique rend de plus en plus féroce. Ils savent qu’au quotidien il faut lutter avec acharnement pour faire respecter ses droits, pour arracher quelques dizaines d’euros en plus sur la paye, pour empêcher les conditions de travail de se dégrader. Qui peut croire qu’un Mélenchon le leur éviterait ?

Quoi qu’il en dise, ce sont les patrons qui dirigent, du fait qu’ils possèdent les entreprises et imposent leur loi du profit dans l’économie. Les intérimaires à qui on fait enchaîner des contrats malgré les lois, les travailleuses à temps partiel à qui on impose des heures non payées, les travailleurs qui manipulent des produits toxiques sans pouvoir refuser, savent bien que les patrons ne sont pas contraints par les lois.

Aucun gouvernement de gauche n’a jamais protégé les travailleurs contre cette dictature patronale car aucun de ces gouvernements ne cherchait à la mettre en cause. Mélenchon le sait très bien et sa promesse d’économiser les manifestations, dernière version du « votez pour moi je ferai le reste », est une imposture consciente.

Boris SAVIN