Hausse des prix : les conseilleurs à l’œuvre

23 Mars 2022

Pour le ministre des Finances, il n’y a pas à craindre de spirale inflationniste. Et pourtant, la hausse des prix de 4,4 % prévue d’ici la fin de l’année par un organisme économique rattaché au cabinet de Castex représente une menace déjà bien concrète pour beaucoup.

Les experts en bons conseils s’en donnent donc à cœur joie dans les médias et sur les réseaux pour prodiguer leurs astuces en matière d’économies. Certains croient y voir le retour de la « chasse au gaspi » des années Giscard. L’énergie, le gaz, l’électricité coûtent de plus en plus cher ? Il suffirait de baisser le thermostat de 1 degré pour voir sa facture maigrir par miracle de 7 %. On pourrait aussi purger les radiateurs, voire aérer les pièces pour en chasser l’air humide, l’air sec nécessitant moins de calories pour chauffer…

Le prix du fioul ayant presque doublé entre la fin 2021 et la mi-mars 2022, on conseille à l’usager de changer d’énergie, de réserver la chaudière à la seule eau chaude, de ne pas chauffer les toilettes ou la salle de bains, de privilégier le chauffage dans la pièce où dorment les enfants… Bien sûr, ils n’avaient pas pensé à tout ça !

Quant au carburant, poste presque incompressible de dépenses pour de nombreux travailleurs, les enfonceurs de portes ouvertes excellent à recommander de réduire la vitesse, d’anticiper le freinage et, carrément, d’éviter les petits déplacements. Le covoiturage tellement conseillé est une évidence, souvent déjà mise en place par les collègues de travail, sinon par les patrons. Mais certains les surpasseraient sur le plan de l’originalité, comme ce jeune employé d’une brasserie de Haute-Loire qui aurait abandonné sa voiture pour venir travailler à cheval.

On peut passer sur les reportages sur les jours de promotions dans les grandes surfaces, le recours aux vêtements de seconde main ou aux smartphones reconditionnés.

Cette propagande des « spécialistes » en économies permet de culpabiliser ceux qui y parviennent de plus en plus difficilement en laissant croire qu’il suffit d’un peu d’astuce. Elle est le pendant médiatique des discours lénifiants du gouvernement sur les « aides » en forme de chèque inflation, de remise sur le prix du carburant ou de promesse de hausse automatique du smic avant l’été. Elle donne surtout envie d’actionner la zapette.

La hausse des prix est bien là. Les travailleurs n’ont pas besoin de gadgets pour la contourner, mais bien de se mobiliser pour imposer des hausses de salaire en conséquence.

Viviane LAFONT