Pologne : tensions avec l’UE et attaques contre les travailleurs

20 Octobre 2021

Des manifestations importantes, appelées par le parti PO (La plate-forme civique) ont eu lieu dimanche 10 octobre à Varsovie et dans beaucoup de grandes villes polonaises. Il s’agissait de protester contre la déclaration du 7 octobre du Tribunal constitutionnel affirmant que le droit polonais était supérieur au droit européen.

On y a vu et entendu le dirigeant de PO, Donald Tusk, ex-président du Conseil européen, ex-Premier ministre et responsable à ce titre de la réforme des retraites qui a porté en 2012 l’âge de départ à 67 ans. Revenu à la direction de PO depuis l’été 2021, il a dénoncé l’envie qu’auraient, selon lui, les actuels dirigeants ultranationalistes polonais du PiS (Droit et Justice) de sortir de l’UE, ce que le Premier ministre du PiS a immédiatement qualifié de « fake news ».

La décision du Tribunal constitutionnel polonais n’est sans doute pas la dernière d’une série d’escarmouches entre le pouvoir polonais, aux mains des conservateurs et nationalistes du PiS, et les autorités européennes. Dans cet affrontement qui dure depuis 2015, le pouvoir polonais n’a rien changé sur le fond de ses relations avec l’UE, et l’UE n’a jamais véritablement sanctionné la Pologne.

C’est le deuxième mandat présidentiel pour le PiS, dont le candidat, Duda, a remporté l’élection en juillet 2020 avec un peu plus de 51 % des voix, devançant de peu le candidat de PO, Rafal Trzaskowski et ses 49 %. Le PiS avait lors de son premier mandat pris des mesures sociales, comme l’instauration d’une allocation aux familles dès le premier enfant, il avait annulé la réforme des retraites, ramenant l’âge du départ à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes. Mais le PiS a aussi multiplié les mesures réactionnaires, allant jusqu’à interdire totalement l’avortement en cas de malformation du fœtus, ce qui revient à l’interdire car il n’est plus légal qu’en cas de viol ou d’inceste. Le Tribunal constitutionnel, remodelé par le PiS et mis à sa botte, a fini par enregistrer en janvier 2021 cette décision. Le PiS a aussi mis sous son contrôle une multitude d’institutions, pris la main sur la nomination des juges et les possibilités de les sanctionner, sur les directions des grands médias publics, des salles de spectacle, des théâtres et musées. Il a multiplié les déclarations antisémites, xénophobes, homophobes, attisant et encourageant les préjugés les plus bas.

Lors de ces manifestations du dimanche 10 octobre, tout un public est descendu dans la rue : des personnalités du monde du spectacle et de la culture, toute une population, surtout urbaine et jeune, qui en a, à juste titre, assez du climat d’ordre moral et du chauvinisme exacerbé qui règnent en Pologne.

Mais ces manifestations bien sages et bien organisées, entonnant avec ferveur l’Hymne à la joie, l’hymne de l’Union européenne, et martelant « Nous resterons », ont rassemblé beaucoup moins de participants que les manifestations sur l’avortement, qui ont vu tout un milieu populaire mener une vraie bataille. Celle-ci a duré plusieurs années, de 2016 à 2021, contre le choix du gouvernement d’interdire totalement l’avortement, et pour s’opposer avec rage, humour et imagination à cette décision.

En fait, la population travailleuse ne se sent pas très concernée par la petite guerre, sans véritable enjeu, entre l’UE et le gouvernement polonais. Depuis presque deux ans, le quotidien des travailleurs polonais a été marqué par l’épidémie de Covid, les confinements, les hôpitaux saturés, les mois sans école avec les enfants à la maison et, en même temps, la nécessité de faire son travail chez soi, dans les secteurs de l’économie où c’était possible.

Depuis septembre, l’épidémie marque le pas. Mais les travailleurs peuvent constater ses ravages, non seulement dans le domaine de la santé, mais aussi pour les conditions de travail.

Parfois, des primes ont disparu, ou bien les conditions pour les obtenir en totalité se sont encore durcies. Les normes de travail ont été revues à la hausse. Les prix se sont mis à galoper alors que les salaires n’ont pas bougé. Il n’est pas rare qu’une famille voie le prix de sa facture d’électricité bondir de 30 %. Les prix de l’essence, des transports, du beurre, du pain, s’envolent.

Et c’est sur ce terrain-là qu’il sera nécessaire et essentiel que les travailleurs retrouvent des forces pour se défendre.

Nelly MEYER