Blanquer : laïque ou la trique ?

20 Octobre 2021

Inaugurant la nouvelle formation du personnel de l’Éducation nationale à la laïcité, le ministre Blanquer a affirmé que ceux qui, dans cette administration, n’adhéraient pas aux valeurs de la république devaient « sortir de ce métier ».

Il a même ajouté que la hiérarchie veillerait désormais à faire respecter cette injonction.

Cette déclaration martiale est à multiple détente. Officiellement dirigée contre les islamistes et venant quelques jours après la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty, elle participe de la campagne permanente du gouvernement contre les musulmans et, en fait, de sa concurrence électorale avec la droite et l’extrême droite. Elle est aussi une vitrine publicitaire pour l’officine que Blanquer vient de lancer au prétexte de défendre les valeurs de la république et, surtout, une occasion de se mettre lui-même en scène.

Mais, au-delà de ces objectifs lamentables et de ces procédés répugnants, la déclaration de Blanquer est une menace pour tous les travailleurs de l’Éducation, voire tous les fonctionnaires. Car, bien entendu, c’est le ministre qui définit ces prétendues valeurs de la république devant être défendues. Un enseignant a-t-il encore le droit de donner une opinion négative de l’intervention française au Mali ou du massacre du 17 octobre 1961, de dire que l’argent public doit servir à l’éducation et pas à soutenir les profits ? A-t-il le droit d’en parler avec ses collègues, les parents d’élèves, les élèves ? Doit-il, en cours, faire passer les exactions commises au nom de la patrie pour de hauts faits ? À partir de quelle limite une manifestation ou une opinion sortiront-elles du cadre républicain ?

On voit, une nouvelle fois, qu’au-delà d’attaques ciblant la fraction immigrée de la population, l’État fourbit ses armes contre tous les travailleurs.

Paul GALOIS