17 octobre 1961 : une mise en scène macronienne

20 Octobre 2021

Samedi 16 octobre Macron est allé déposer une gerbe de fleurs au pont de Bezons, là où un nombre encore inconnu d’Algériens avaient été jetés à la Seine par la police lors de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961.

Le président s’est contenté de déposer les fleurs et d’observer une minute de silence, ce qui n’a pas empêché les commentateurs de qualifier ce moment d’ « historique ».

En 2012, Hollande avait reconnu que la répression avait été « sanglante », mais c’est la première fois qu’un président se rend à une cérémonie, si on peut appeler ainsi ces quelques minutes.

Dans la journée, un communiqué de l’Élysée a précisé ainsi la pensée présidentielle : « les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables. »

C’est faire porter la responsabilité des crimes commis à cette époque sur un seul homme, qui a en plus l’avantage d’être mort. Il n’est pas question de mettre en cause l’État français, qui a couvert, et même encouragé, par toute sa politique coloniale, cette répression sauvage en plein Paris. Comme pour le génocide au Rwanda, l’appareil d’État se protège en pointant des « responsabilités » individuelles sans reconnaître sa propre culpabilité.

Sans doute pour que cela soit bien clair, l’actuel préfet de police de Paris, Didier Lallement, est allé lui aussi déposer une gerbe au pont Saint-Michel. Cet hommage aux victimes venant d’un expert en violences policières est d’une sinistre hypocrisie.

Macron a déposé sa gerbe après avoir tenu des propos provocateurs accusant l’Algérie d’entretenir une haine de la France. Malgré toutes ces précautions pour tenir la balance égale, ce micro-geste d’apaisement a déclenché les cris de la droite et de l’extrême droite, parlant d’humiliation de la France et affirmant qu’il faut « en finir avec la repentance ».

Heureusement, loin de ces manœuvres politiciennes, des milliers de personnes ont défilé le 17 octobre, en particulier à Paris. Les militants de Lutte ouvrière y ont participé en scandant : « l’État français a du sang sur les mains » et « aujourd’hui comme en 61, à bas le colonialisme, à bas l’impérialisme ».

Camille PAGLIERI