Immigration : Macron menteur post-colonial

02 Juin 2021

Macron a profité de son voyage en Afrique pour livrer au Journal du Dimanche quelques brèves de comptoir à propos de ce continent et de ses rapports avec l’ancienne puissance coloniale.

Ainsi, le président se targue d’avoir appris à la jeunesse de Ouagadougou que ses problèmes d’aujourd’hui « ne sont pas liés au colonialisme » : « Ils sont davantage causés par la mauvaise gouvernance des uns et la corruption des autres. » Et « ce sont des sujets africains », ajoute même le bon apôtre français.

Macron compte donc pour rien la présence constante des troupes françaises dans les anciennes colonies, le fait que les gouvernements s’y font et défont sur accord de la France et que les entreprises françaises ont la haute main sur tous les secteurs vitaux de l’économie. Il tait le fait que la France contrôle étroitement la monnaie de ces pays, encadre leurs forces de répression, les arme, surveille leur diplomatie, forme leurs hauts fonctionnaires. Il cache qu’elle fait tout cela pour conserver aux Bolloré, Bouygues, Total, etc. une copieuse rente de situation. La mauvaise gouvernance dont parle Macron est le fait des serviteurs locaux de l’impérialisme français et les corrupteurs sont ses représentants autorisés, entrepreneurs, commerçants ou diplomates.

Cela rend encore plus lamentable le couplet présidentiel sur le prétendu « détournement du droit d’asile ». En effet Macron, après bien d’autres, voudrait distinguer parmi les migrants les victimes de la répression et de la guerre de ceux qui ne souffrent « que » de la pauvreté et d’un avenir bouché. Les premiers doivent pouvoir être accueillis en France (au compte-gouttes et après quel parcours d’obstacles !), les seconds doivent être refoulés, dit Macron, qui prévoit, si rien n’est fait, un terrible face-à- face en Méditerranée entre l’Europe forteresse et les masses de candidats à l’immigration, un fantasme jusque-là réservé à l’extrême droite. Cette partie de l’interview annonce, s’il en était besoin, la teneur de la future campagne présidentielle et une concurrence sur le terrain de Le Pen.

Vis-à-vis de l’Afrique, Macron continue la politique de l’impérialisme français. Il s’agit de préserver ses intérêts économiques et stratégiques en aidant les pires dictatures s’il le faut, en envoyant la troupe lorsque c’est nécessaire. Ses phrases sur l’émigration ne sont que de la propagande électorale de bas étage. En effet, rien ne détournera les jeunes candidats à l’exil, prêts à risquer leur vie pour un avenir meilleur, et certainement pas les discours et les menaces d’un président français.

Quant aux travailleurs résidant sur le sol français, depuis cinq générations ou depuis cinq semaines, ils doivent les accueillir comme des frères et des renforts dans la lutte de classe, apportant de nouveaux liens avec tout un continent.

Paul GALOIS