PCF : les soucis des militants et ceux de l’appareil

11 Mai 2021

Clos le dimanche 9 mai, le résultat du vote des militants du PCF a donné une très large majorité en faveur d’une candidature indépendante de leur parti à l’élection présidentielle de 2022 et a désigné son secrétaire national, Fabien Roussel, pour l’incarner.

Quinze ans après la candidature de Marie-George Buffet, la dernière fois où le PCF s’était présenté seul, les militants ont donc approuvé l’idée de faire campagne pour leur propre candidat. Pour une partie d’entre eux, c’est sans doute en réaction contre la personne de Mélenchon, qu’ils avaient soutenu en 2012 et en 2017, mais aussi contre la façon dont il avait utilisé les forces militantes du PC sans que celui-ci en tire grand-chose de positif. Beaucoup de militants ressentent aussi, dans cette période de crise, l’urgence de répondre aux attaques subies par les travailleurs.

Dans les quartiers populaires et les entreprises, des militants se sont réjouis d’entendre Roussel revendiquer d’être le « candidat du monde du travail » et de la « remise en cause de la domination du capital ». Mais quelques paroles radicales ne garantissent pas le maintien de leur candidat jusqu’au bout. Les diverses moutures d’union de la gauche et de programme commun n’ont elles-mêmes pas été avares de formules contre les puissants ou d’appels à la rupture avec la logique capitaliste. Mélenchon, pour La France insoumise (LFI), a d’ailleurs adressé un message aux votants du PCF, pour les appeler à ne pas rompre l’alliance afin de « s’unir face au capitalisme délirant ».

Le Parti communiste a depuis longtemps intégré les institutions. Son existence est étroitement liée aux postes détenus par ses élus, des communes aux régions en passant par la Chambre des députés et le Sénat. Pour les conserver, les alliances conclues avec d’autres partis de gauche et le partage des circonscriptions sont indispensables. LFI le prend en compte lorsqu’elle assortit son appel à l’unité d’une proposition « d’accord législatif avant l’élection présidentielle ». Et c’est sans doute ce qui pèsera le plus dans les débats publics comme dans les tractations privées, pour savoir ce que deviendra finalement la candidature de Roussel.

Après bien des variantes d’union de la gauche dont ils ont dû assumer les trahisons et les attaques contre les travailleurs, après les candidatures d’un Mélenchon prompt à utiliser leurs efforts militants pour mieux les mépriser ensuite, les militants du PC attachés à l’existence politique indépendante de leur parti risquent d’avoir bien d’autres couleuvres à avaler.

Nadia CANTALE