Vaccins : les gouvernements étalent leur impuissance

17 Mars 2021

Après quelques informations remontées sur quelques incidents survenus chez des personnes vaccinées avec le vaccin AstraZeneca, une grande partie des gouvernements européens ont décidé dans la panique d’interrompre la vaccination avec ce produit.

Selon l’Agence européenne, au 10 mars, sur environ cinq millions de personnes vaccinées dans l’Union européenne avec le vaccin AstraZeneca, une trentaine de cas de formation de caillots sanguins, de thromboses, avaient été rapportés. Lundi 15 mars, après le Danemark, l’Islande, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Bulgarie, les Pays-Bas, et juste avant la Suède, Emmanuel Macron décidait alors de suspendre la vaccination AstraZeneca. « Par précaution, ajoutait-il, et en espérant la reprendre vite », en fonction de l’avis de l’Agence européenne du médicament (AEM).

Il sera effectivement peut-être conduit à revenir en arrière. À ce jour, l’Union européenne affirme que cette fréquence des thromboses n’est pas différente de celle observée dans la population indépendamment de toute vaccination. Le laboratoire, lui, assure qu’il n’y a « aucune preuve de risque aggravé » de caillot sanguin lié à son vaccin. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il n’y a « pas de raison de ne pas l’utiliser ». Et nombre de médecins, de spécialistes affirment qu’arrêter cette campagne de vaccination, alors que la circulation du virus s’accélère, est irresponsable.

Ces réactions en cascade des différents gouvernements illustrent leur fébrilité, pour ne pas dire leur panique, sur la question des vaccins. Les incidents, aujourd’hui sous forme d’effets secondaires, ne sont pas les premiers, mais ils s’ajoutent à tous les problèmes rencontrés par la population pour se faire vacciner, d’abord et surtout à cause du manque criant de doses pour le faire.

Pour ne parler que d’AstraZeneca, ce fabricant s’était engagé auprès de la Commission européenne à livrer 120 millions de doses avant la fin mars 2021. Qu’importent les engagements, puisqu’il a décidé de n’en livrer, au mieux, que 30 millions. Il n’y aura donc pas de livraison jusqu’au 1er avril et il faudra faire avec.

Face aux entreprises pharmaceutiques, les gouvernements sont impuissants. Il n’est pas question pour eux de leur imposer de produire dans les plus brefs délais la quantité de vaccins nécessaires, dont tout le monde sait pourtant qu’ils permettraient d’enrayer la pandémie.

Depuis le début, des doutes ont été émis sur celui d’AstraZeneca. Dans l’attente d’études, les autorités de santé avaient d’abord limité son utilisation aux personnes âgées de moins de 65 ans. Il est alors apparu comme un vaccin moins efficace que le Pfizer ou le Moderna, comme un vaccin au rabais. C’est au point que même aujourd’hui, alors qu’il est désormais indiqué pour cette tranche d’âge, cette image reste et certains, jusque dans le personnel soignant, se refusent à être vaccinés avec un produit considéré de « deuxième choix ».

Que ce soit vrai ou faux, cela ajoute à l’incertitude et met les gouvernements et les autorités sanitaires en difficulté. Mais si c’est le cas, cela résulte de leur propre impuissance face aux capitalistes de la pharmacie. Car, même pour obtenir la livraison de vaccins apparaissant comme plus éprouvés et plus sûrs qu’AstraZeneca, tels Pfizer ou Moderna, les gouvernements se révèlent tout autant paralysés face à leurs fabricants.

Faute de vouloir imposer à l’industrie pharmaceutique, qui dispose d’unités de fabrication sur la plupart des continents, de fabriquer ces vaccins, les gouvernements en sont réduits aux gesticulations et aux décisions incohérentes.

Sophie GARGAN