Groupe Airbus Toulouse : “résilience” aux dépens des travailleurs

17 Mars 2021

1,1 milliard de pertes, 4,3 milliards dans les caisses : voilà les résultats financiers de 2020 publiés par le groupe Airbus, le 18 février.

Bien sûr, dans la division Avions, il y a eu moins d’appareils livrés (566, contre 863 en 2019) mais surtout les dirigeants ont provisionné plus d’un milliard d’euros pour réaliser leur plan de suppressions d’emplois, qui concerne 15 000 salariés, dont 5 000 en France.

Le PDG, Guillaume Faury, déclare : « Les résultats de 2020 démontrent la résilience d’Airbus dans la crise la plus difficile qui frappe l’industrie aérospatiale ». Pour la direction d’Airbus, la résilience se fait aux dépens des travailleurs. Elle communique abondamment sur l’annulation des dividendes de 2019 pour les actionnaires mais, pour « sécuriser les activités et préserver l’avenir », elle compte supprimer des milliers de postes. Les actionnaires ont toujours les dividendes versés les années précédentes, pendant que des travailleurs vont perdre leur emploi. Déjà des milliers d’intérimaires et de sous-traitants ont vu leur contrat s’arrêter.

À Toulouse, officiellement, il n’y a pas de licenciements secs. Mais combien de départs ont été imposés par les pressions des hiérarchies, ou simplement par le dégoût de travailler dans une usine où il faut être toujours plus formaté ? Sans compter que, pour tous ceux qui restent, les salaires sont bloqués au moins jusqu’en juin 2021 et que les conditions de travail se dégradent dangereusement.

Ainsi, à la production, où un accord APLD (activité partielle de longue durée) court jusqu’à fin 2022, un jour de chômage est positionné à la chaîne A 320 le vendredi en équipe de nuit. Mais il arrive que des travailleurs soient obligés de venir en heures supplémentaires de 4 heures à 6 h 30, quand ils sont d’équipe de jour. De même, certains ouvriers, sous prétexte qu’il y a un problème technique, ou s’il y a un manque d’approvisionnement, sont avertis parfois au dernier moment qu’ils seront en chômage le lendemain. Ainsi, à certaines périodes, on peut ne pas travailler du tout, ou être au taquet à d’autres, au choix de la direction bien sûr.

La flexibilité, les patrons en rêvaient, l’APLD l’a faite. Par-dessus le marché, il faut rembourser les jours Covid, ces jours non travaillés quand l’entreprise a été fermée sauf pour les volontaires. Cela représente jusqu’à 70 heures, que la direction veut faire rattraper des samedis, sans les payer en heures supplémentaires.

Toujours à la production, l’APLD est rémunérée à 92 %, mais ce n’est pas un cadeau. En échange, avec l’accord des syndicats majoritaires pour le moins complaisants, la direction a imposé de travailler gratuitement le jour de solidarité et, au passage, elle s’est mis 3 millions d’euros dans la poche. Lors de cette négociation, elle a aussi décidé d’intégrer à la base salariale des primes, notamment d’incommodité et de salissure, afin de faire des économies sur les frais de gestion. Mais cette intégration ne se fera qu’à hauteur de 75 % et, en plus, il ne faut pas avoir été malade ou absent en 2019. En temps de pandémie, c’est un comble !

Dans les bureaux, bien que la direction se réserve le droit d’utiliser le chômage partiel, elle propose pour 2021 un accord sur l’allongement du temps de travail : il faudrait travailler 30 minutes de plus par semaine si on est d’équipe, et 1 h 30 de plus si on est en journée. En compensation, quelques jours de congés sont proposés. Mais quelle garantie pour le futur ?

Plusieurs jeudis de janvier, à la pause, des travailleurs de la chaîne ATR se sont réunis pour dire leur mécontentement suite à la perte de 300 à 400 euros, parce qu’ils sont passés en journée et ont donc perdu la prime d’équipe, et pour protester contre le mépris affiché de certaines hiérarchies.

La crise sanitaire a bon dos. Pour les patrons, à Airbus comme ailleurs, elle est surtout l’occasion de continuer à mettre la pression sur les travailleurs et d’engranger les aides de l’État.

Correspondant LO