Lactalis : une longue bataille contre le pollueur

29 Décembre 2020

Mardi 15 décembre, le PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, venait inaugurer en personne la nouvelle station d’épuration de sa fromagerie industrielle L’Étoile du Vercors, à Saint-Just-de-Claix, en Isère.

Cette cérémonie clôt un long bras de fer entre le maire de cette petite commune, Joël O’Baton, soutenu par d’autres élus et la majorité des habitants, et le géant laitier.

L’Étoile du Vercors, filiale de Lactalis depuis 2011, est connue depuis longtemps pour sa pollution des eaux de l’Isère. Selon France Nature Environnement, les rejets actuels de l’usine correspondent aux eaux usées d’une ville de 8 000 à 15 000 habitants, contenant des résidus lactés mais aussi des produits de nettoyage, soit plus de 200 tonnes de produits chimiques par an !

En 2014, une station d’épuration intercommunale a vu le jour, pour un coût total engagé de 22 millions d’euros. Mais, alors que les canalisations arrivaient jusqu’aux portes de l’usine, Lactalis a refusé ce raccordement public, jugé trop cher et inadapté d’après ses experts. Se voulant maître chez lui, connu pour l’opacité de son groupe, Emmanuel Besnier a décidé, contre l’avis des élus, de construire sa propre station d’épuration privée, laissant la facture de l’investissement public aux seuls contribuables.

En réponse, le maire avait plusieurs fois refusé le permis de construire en zone non constructible et sur des terrains agricoles à protéger. Pendant plusieurs années, il dut subir les pressions de Lactalis, son chantage à l’emploi, son armada d’avocats, mais aussi les pressions constantes d’un État représenté par le préfet, dont « le soutien a été essentiel », comme l’a souligné le directeur le jour de l’inauguration.

En mars 2019, de guerre lasse, le maire dut finalement accorder ce permis de construire. Malgré tous les recours juridiques, les amendes et mises en demeure, Lactalis a continué à polluer pendant des années et a réussi à imposer ses choix à une petite commune. Alors il n’est pas étonnant que tous les élus invités aient boycotté cette inauguration en pleine pandémie. La cérémonie a fait dire au maire : « On a l’impression qu’on vient nous narguer. »

Cette longue bataille d’une petite commune contre un grand groupe et son retentissement dans les médias ont eu au moins le mérite de montrer combien ces capitalistes imposent leur dictature à la population, avec la complicité d’un État à leurs ordres.

Correspondant LO