Iran : une condamnation inique

19 Mai 2020

Le 16 mai, son avocat a annoncé la condamnation de la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah à cinq ans de prison pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale », et un an pour « propagande contre le système » politique de la République islamique iranienne.

Depuis son arrestation en juin 2019 en Iran, Fariba Adelkhah se bat contre ces accusations et sa détention. Elle a en particulier mené une grève de la faim de décembre 2019 jusqu’en février dernier.

Roland Marchal, chercheur comme elle au Centre de Recherches internationales (CERI) à Paris, qui avait été arrêté en même temps qu’elle, a été libéré fin mars, après neuf mois de détention. C’est très probablement le résultat d’un échange contre un ingénieur iranien détenu en France et menacé d’extradition vers les États-Unis. Il était accusé d’avoir cherché à exporter du matériel technologique, malgré l’embargo américain contre Téhéran.

« Le but de l’Iran est de manière générale l’échange des prisonniers comme Fariba Adelkhah contre les citoyens iraniens détenus à l’étranger », explique un connaisseur en Iran des dossiers politico-sécuritaires, cité par le journal Le Monde. En décembre 2019, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, avait en effet proposé aux États-Unis que les deux pays se livrent à un échange de prisonniers.

Cette condamnation rappelle quelle chape de plomb pèse sur la population iranienne, en particulier sur tous ceux et toutes celles qui critiquent le régime ou sont soupçonnés de le faire. Mais elle rappelle aussi le contexte de tensions entre le régime et les États-Unis depuis la décision de Trump en 2018 de se retirer de l’accord sur le nucléaire et d’imposer un embargo à l’Iran. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a comme il se doit dénoncé cette condamnation, mais les tractations diplomatiques se poursuivent en coulisse.

Fariba Abdelkhah fait les frais de cette épreuve de force entre l’impérialisme américain, son intermédiaire français, et le régime iranien.

Aline RETESSE