Centre financier de La Poste – Bordeaux : travail à distance et aux dépens des salariés

19 Mai 2020

Début mai, la direction de La Poste annonçait aux organisations syndicales que le travail à distance concernera dorénavant au moins la moitié des 17 000 agents des centres financiers du pays. Le taux pourrait même monter à 80 % voire 95 % des agents, faisant du travail à domicile « le mode de travail habituel », et « un changement culturel complet ».

Il n’y a aucune raison sanitaire au développement du travail à domicile à une si grande échelle. La crise du coronavirus est simplement l’occasion pour la direction de La Poste de réorganiser profondément les services financiers, une réorganisation dont elle compte bien profiter. Elle investit d’ailleurs pour cela. Entre mars et avril, le nombre d’agents équipés pour travailler à distance est passé de 8 % à 13 %. Mais la direction veut monter en puissance plus rapidement et doubler ce nombre d’ici l’été. Au centre financier de Bordeaux, qui compte 900 travailleurs, cette politique se voit avec la fourniture d’ordinateurs, à 1 200 euros pièce, que les agents viennent les uns après les autres chercher sur le site.

Sauf pour ceux qui n’ont pas Internet ou qui ont des problèmes médicaux, le lieu de travail est au choix du salarié mais la direction a annoncé que cela ne durera pas. Aujourd’hui, moins de la moitié des travailleurs du centre financier de Bordeaux viennent sur le site, en raison de contraintes familiales, d’un logement inadapté, ou pour ne pas se retrouver isolé. Pour eux, la conséquence immédiate de la montée en puissance du télétravail est le retour aux 35 heures. Alors qu’en mars et en avril, ils ne travaillaient pour beaucoup que 17 heures ou 20 heures afin de ne pas surcharger les locaux, la direction fait tout pour que les cadences reprennent comme avant, voire pire pour certaines tâches qui ne peuvent être faites à distance.

Ceux qui travaillent à domicile sont pour le moment, en règle générale, satisfaits. Les raisons peuvent être la peur de la contamination au travail ou dans les transports en commun, des raisons familiales le fait de ne plus subir, actuellement, la pression de la hiérarchie. Mais c’est un fait que La Poste a utilisé la situation sanitaire pour dégrader considérablement les conditions du travail à domicile. D’ailleurs La Poste utilise sciemment le terme « travail à distance » au lieu de télétravail pour justifier les reculs, notamment en remboursement des frais d’électricité, de chauffage et de télécommunications, qui sont pleinement à la charge des travailleurs.

La Poste est même revenue sur les quelques euros de la part patronale qu’elle payait pour les repas de midi, comme si à domicile, on ne mangeait pas.Tout cela sans compter que l’isolement à domicile offre à la direction des possibilités supplémentaires de pressions individuelles, dont elle usera d’autant plus que la réorganisation sera bien avancée. Ainsi, que l’on travaille à domicile ou sur site, il s’agit pour la direction d’obtenir du rendement et à moindre frais.

L’une des raisons qui motive La Poste dans cette vaste réorganisation est d’alléger ses coûts fixes et son capital. Elle compte sur les logements de ses employés pour libérer les milliers de mètres carrés aujourd’hui affectés aux centres financiers. Poste Immo est déjà l’une des filiales qui rapporte le plus, mais avec les vastes locaux des centres qu’elle pourra vendre ou louer, des fortunes sont en jeu.

La Poste a une longue tradition de réorganisations et de plans de suppressions d’emploi. La crise sanitaire lui ouvre une opportunité de généraliser le travail à domicile à ses conditions. Malgré les difficultés supplémentaires, les agents des centres financiers devront trouver les moyens de défendre ensemble leurs intérêts.

C’est la seule voie pour s’opposer à une direction prête à tout pour ses profits.

Correspondant LO