Risque sanitaire : exploitation sans entrave

05 Mai 2020

Alors que la production va redémarrer, ou s’intensifier dans les entreprises où elle ne s’est jamais arrêtée, le patronat s’inquiète du fait que des travailleurs puissent contester les conditions matérielles de la reprise.

Dès les premiers jours du confinement, à la mi-mars, des patrons s’étaient heurtés à des débrayages et des mouvements de grève car ils voulaient continuer à faire travailler les ouvriers sans masques ni mesures de protection. Dans certaines usines, les directions avaient essayé de se mettre à l’abri de toute contestation devant les tribunaux en faisant signer à leurs salariés une décharge dégageant la responsabilité patronale en cas d’infection sur le lieu de travail.

À présent les maires, sommés d’ouvrir les écoles le 11 mai dans des conditions sanitaires discutables, s’inquiètent ouvertement de voir leur responsabilité pénale engagée. Le patronat veut s’engouffrer dans cette brèche. Le Medef, ainsi que deux organisations de petits patrons, ont écrit le 30 avril à la ministre du Travail pour réclamer que « le cadre juridique soit adapté à la situation actuelle ». En clair, ils souhaitent que les manquements patronaux à l’obligation de protection de la santé de leurs salariés ne puissent pas faire l’objet de plaintes de travailleurs devant les juges. Le risque juridique ne doit pas entraver la relance de la recherche du profit maximal.

Le patronat sait pertinemment que nombre d’entreprises ne pourront pas respecter les mesures barrières en leur sein, ou ne voudront pas engager les frais nécessaires pour adapter la production aux précautions sanitaires de la période. Il a déjà obtenu du gouvernement que les contaminations sur le lieu de travail ne puissent être reconnues comme des maladies professionnelles. Il veut en plus être sûr à l’avance que ses victimes ne pourront pas se tourner vers la justice.

Lucien DÉTROIT