Chômage partiel : les fausses inquiétudes du patronat

05 Mai 2020

« C’est une énorme source d’inquiétude pour les chefs d’entreprise terriblement éprouvés par la crise et dont la situation va rester précaire après, voire longtemps après le 1er juin. Ne gâchons pas les efforts faits jusqu’à présent ».

Voilà comment réagissait le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, le 30 avril, à l’annonce faite par le gouvernement d’une baisse de la prise en charge du chômage partiel à partir du 1er juin.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s’était montrée très mesurée la veille en déclarant que le taux de prise en charge par l’État devrait être « un peu moins important » à compter du 1er juin. Alors quelles sont donc ces entreprises « terriblement éprouvées par la crise » pour lesquelles le porte-parole du patronat fait mine de s’inquiéter ? 890 000 entreprises auraient recouru au dispositif de chômage partiel. Celui-ci fait reposer pour les deux tiers le paiement des salaires sur l’État, et sur l’Unédic pour le solde, ce qui revient à le faire financer par les salariés eux-mêmes. Mais Roux de Bézieux ne se préoccupe certes pas du petit artisan, ni du patron de café qui emploie trois salariés, il n’est le porte-parole que des entreprises du Cac40 ou similaires, telles qu’Air France, Renault, ou PSA.

Les seules entreprises du Cac40 – qui affichent les cotations en Bourse les plus élevées – ont engrangé 87 milliards de profits en 2018, et 80 milliards en 2019. Le chômage partiel coûterait 24 milliards d’euros, tous puisés dans les caisses publiques. Mais pour les capitalistes il n’est pas question de prendre sur les profits accumulés grâce à l’exploitation des travailleurs.

Même entièrement pris en charge par l’État, ce chômage partiel pose cependant un problème au patronat ; pressé de voir les travailleurs retourner à l’usine dans certains secteurs, il ne voudrait pas qu’ils se sentent trop tranquilles chez eux. De nombreuses déclarations patronales et gouvernementales le qualifient donc de « frein à la reprise économique », ce qu’il faut comprendre par la reprise de leurs affaires. Le gouvernement s’est empressé de répondre à cette autre inquiétude patronale par une nouvelle injonction faite aux parents salariés : ceux qui ne pourraient pas retourner au travail du fait de la garde de leurs enfants seront tenus de fournir une attestation prouvant que l’école ne peut les accueillir.

Les préoccupations du grand patronat sont au fond toujours les mêmes : le chômage partiel est bienvenu s’il permet de ne rien débourser pour les salaires, à condition que les travailleurs restent disponibles pour l’exploitation. L’argent de l’État d’une part, la sueur des travailleurs de l’autre, il ne faut pas que ces deux sources de profit viennent à manquer.

Aline RETESSE