Irak : la répression n’éteint pas la colère

29 Janvier 2020

En Irak, douze personnes ont été tuées et 230 blessées suite aux manifestations du week-end des 25 et 26 janvier. Elles ont touché en particulier les villes de Bassora au sud, la capitale Bagdad et Nassiriya, où les forces de sécurité ont tiré dimanche 26 janvier à balles réelles.

Depuis des mois, la contestation se fait entendre dans la rue, malgré cette répression qui a fait des centaines de victimes. Les classes populaires n’en peuvent plus du chômage, de la misère, de la corruption gouvernementale, de la présence des milices de toutes obédiences. Le Premier ministre Adel Abdel-Mahdi, au pouvoir depuis 2005, placé par les États-Unis après leur invasion de l’Irak, a démissionné le 29 novembre. La clique au pouvoir espérait par là éteindre l’incendie. Mais la contestation se poursuit.

La veille de ce week-end sanglant, le 24 janvier, le dirigeant religieux chiite Moqtada al-Sadr avait organisé avec succès une « marche du million » à Bagdad contre la présence des États-Unis en Irak. Il est certain que le récent assassinat du général iranien Soleimani et de son lieutenant le 3 janvier n’a pu qu’attiser la haine de l’impérialisme américain. Les classes populaires ont conscience d’être prises en étau entre celui-ci et l’Iran, et beaucoup craignent qu’une nouvelle guerre ne dévaste le pays.

Moqtada al-Sadr a gagné une popularité durant l’occupation américaine de 2003 à 2009, parvenant à organiser des centaines de milliers d’Irakiens des classes pauvres de Bagdad dans une puissante milice en s’appuyant sur ce sentiment. Son parti était apparu comme soutenant les centaines de milliers de manifestants des faubourgs populaires de Bagdad et du sud du pays, en révolte déjà contre la dégradation de leurs conditions de vie. Devenu la première force d’opposition au Parlement en 2018, il a participé depuis aux coalitions au pouvoir. Au lendemain de sa « marche du million », il a retiré son soutien à la contestation, donnant « le feu vert au gouvernement pour réprimer les manifestations », comme l’a déclaré un manifestant. Et ce dernier poursuivait : « Nous considérons cela comme une trahison du sang des martyrs et des sacrifices des partisans de Moqtada al-Sadr. » Celui-ci essaie visiblement de se montrer responsable vis-à-vis du pouvoir.

La situation ne cesse en effet de se détériorer depuis des années, du fait des guerres successives déclenchées par l’impérialisme américain, de la déstabilisation qu’elles ont entraînée, avec l’émergence de diverses milices, dont celles de l’organisation État islamique, et de la corruption du régime en place. Ceux qui ont quarante ou cinquante ans aujourd’hui ont connu la première guerre du Golfe en 1991, l’embargo qui a suivi, une deuxième guerre en 2003, neuf années d’occupation américaine et l’incurie d’un pouvoir fantoche. Il faut y ajouter le chaos semé par l’organisation État Islamique, issue de ces années de guerres. Aujourd’hui, une nouvelle génération ne veut plus subir cette situation.

Aline RETESSE