Retraites : face à un projet maintenu, la lutte pour son retrait doit continuer

11 Décembre 2019

L’intervention soigneusement mise en scène du Premier ministre mercredi 11 décembre à midi était censée éclaircir les intentions réelles du gouvernement en matière de retraites. Édouard Philippe a naturellement enveloppé son propos de grandes références à « l’universalité, l’équité, la responsabilité » voire aux grands principes de 1945 et du Conseil national de la Résistance.

Mais au-delà des mots, il n’apporte qu’une confirmation aux millions de travailleurs qui avaient compris depuis longtemps qu’il s’agit d’une attaque en règle contre leur niveau de vie. Pour ceux qui ne sont pas encore entrés dans la lutte, cela devrait être une motivation.

Philippe confirme donc l’instauration d’un âge pivot, rebaptisé âge d’équilibre, à 64 ans. Cela signifiera de fait l’impossibilité pour un travailleur de partir en retraite avant cet âge quelle que soit sa durée de cotisation et l’âge légal de départ en retraite, étant donné l’amputation de la pension qui en résultera.

D’autre part, Philippe a annoncé la règle pour les jeunes qui commenceront à travailler en 2022 : la retraite sera par points, calculée sur l’ensemble de la carrière c’est-à-dire jusqu’au jour où on ne pourra plus mettre un pied devant l’autre ou, plus probablement, jusqu’à ce que la misérable pension excède de quelques euros la misérable indemnité de chômage et le minimum vital de famine. Le Premier ministre assortit cela de deux promesses fumeuses. D’une part la valeur du point, inconnue à ce jour, ne pourrait pas baisser : Philippe fait ainsi baisser aujourd’hui les pensions de retraite en promettant ensuite qu’elles ne baisseront plus, comme c’est crédible ! D’autre part chacun serait assuré d’une pension plancher de mille euros pour une carrière complète au smic : on ignore ce que sera une « carrière complète », mais on sait que promettre mille euros dans dix ou vingt ans, c’est promettre la misère.

Rien que cette partie du discours suffirait à justifier que le mouvement continue et s’amplifie : attaquer une fraction de la classe ouvrière, en l’occurrence les générations montantes, c’est attaquer tous les travailleurs !

Philippe a également affirmé que sa réforme s’appliquerait à ceux qui sont nés après 1975, avec, dit-il, des aménagements dans certaines professions et certains cas. Concernant les régimes spéciaux, il a annoncé leur suppression en prévoyant simplement une « période de transition », à définir ultérieurement, alors que partout les travailleurs du transport en grève refusent toute discrimination à l’égard des plus jeunes. En revanche Philippe s’est adressé directement aux appareils syndicaux. Il leur assure qu’ils seront associés à la gestion des retraites, avec les postes et la reconnaissance sociale que cela comporte.

Mais la réforme est tellement indéfendable auprès des travailleurs que même Laurent Berger pour la CFDT, qui n’appelait pas au mouvement et soutient la réforme depuis le départ, a déclaré que le « gouvernement avait franchi la ligne rouge », suivi par le secrétaire de l’UNSA.

Quelle que soit la posture que les uns ou les autres peuvent prendre, l’heure est partout à la poursuite et l’approfondissement du mouvement contre une réforme qui promet la misère après une vie de travail.

Paul GALOIS