Paris-Dakar : du rab de désert

11 Décembre 2019

En janvier prochain, le traditionnel rallye Paris-Dakar aura lieu, pour la première fois, en Arabie saoudite. Après onze ans en Amérique latine, il déménage, d’autant que plusieurs pays latino-américains connaissent des crises sérieuses.

Les organisateurs avaient envisagé de reporter l’épreuve en Afrique du Sud ou en Namibie, mais finalement l’Arabie a été choisie.

Le rallye partira de Jeddah, sur la mer Rouge, évitera soigneusement La Mecque, ville sainte réservée aux musulmans, et s’achèvera à Riyad, la capitale du royaume. Il paraît qu’il traversera des paysages superbes.

Le problème, c’est que l’Arabie saoudite est une dictature féroce, qui mène une guerre terrible contre les populations au Yémen, qui opprime les femmes au nom de la religion, qui condamne des prisonniers à des peines de fouet ou à la décapitation, et dont le prince régnant a fait massacrer puis démembrer un opposant au consulat d’Arabie à Istanbul.

Mais, comme l’a fait remarquer un des dirigeants de la course, « ni les pays européens ni les États-Unis n’ont pris de sanction à l’égard de l’Arabie saoudite (…), si cela avait été le cas, la course n’aurait jamais eu lieu ». Et ce n’est pas le gouvernement français, qui vend des monceaux d’armes à l’Arabie, qui dira le contraire.

L’organisateur de la compétition est Amaury Sport Organisation (ASO), qui dirige beaucoup d’épreuves sportives, dont le Tour de France, Paris-Roubaix, Paris-Nice, le Marathon de Paris, etc., et le Paris-Dakar, et qui possède le journal l’Équipe. Ces organisateurs sont certainement ravis qu’une richissime monarchie pétrolière, qui dispose d’un énorme matelas de dollars, accueille le Paris-Dakar. Celle-ci, qui cherche à se donner une bonne image, est ravie aussi.

Cerise sur le gâteau, le décalage horaire avec la France et l’Europe occidentale sera moindre que lorsque la course se déroulait en Amérique du Sud. Les retransmissions à la télé permettront donc de suivre des étapes en direct, d’où évidemment quelques avantages financiers.

ASO a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 226 millions d’euros et un bénéfice de 44 millions d’euros. Ce ne sont pas quelques soucis humanitaires qui vont l’arrêter.

André VICTOR