Enseignement : le gouvernement n’en a pas fini avec la grève

11 Décembre 2019

Jeudi 5 décembre, dans la plupart des régions, la grève a été massive dans l’Éducation nationale. Beaucoup d’écoles ont dû fermer faute de personnel. Car non seulement les enseignants mais aussi les agents d’entretien ou encore ceux qui s’occupent des cantines étaient en grève.

Dans les collèges et les lycées, le personnel administratif, des infirmières scolaires, des AED (auxiliaires d’éducation) participaient aussi au mouvement.

À partir du vendredi 6 décembre, des écoles sont restées fermées et, dans certains endroits, des équipes d’enseignants ou de salariés de l’Éducation nationale ont continué la grève. La décision prise par l’intersyndicale d’une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle mardi 10 décembre a aidé à convaincre de continuer de se mobiliser. Le ministère fait semblant de se rassurer en annonçant des chiffres de grévistes ridicules : 12,5 % pour le 10 décembre et 51 % pour le 5 décembre. La réalité est tout autre. Les syndicats parlaient plutôt, et à juste titre, de 75 % le 5 décembre. Tous les parents qui ont vu l’école de leur enfant fermée ce jour-là le savent. Et tous les salariés de l’Éducation nationale savent bien aussi que la grève a une tout autre importance que le ministre veut bien le reconnaître.

Que les chiffres aient été en baisse après le 5 décembre est normal et ne signifie absolument pas que le mouvement se terminait. Car la grève qui continue n’est plus une protestation ponctuelle, mais relève de la volonté de faire plier le gouvernement en s’engageant dans un véritable bras de fer. Dans bien des établissements, ceux qui ont poursuivi le mouvement l’ont fait en connaissance de cause. Ils forment des équipes, certes minoritaires, mais déterminées à rester en grève, en particulier de façon à élargir le mouvement et la mobilisation. Ils comptent bien convaincre le maximum de leurs collègues et, au-delà, le maximum de salariés de rejoindre la grève afin de gagner. Ils savent donc bien que celle-ci dépend non seulement du nombre qu’ils sont, mais de leurs propres actions. Il ne s’agit pas seulement de répondre présent aux appels à manifester, mais d’être des acteurs conscients de leur propre mobilisation.

Ainsi, les journées de grève ont souvent été occupées à aller voir d’autres travailleurs. Des assemblées communes ont eu lieu avec des grévistes de la RATP ou de la SNCF. Dans certaines villes, ces assemblées ont aussi réuni des travailleurs d’autres secteurs. À Montreuil-Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, les 5, 6 et 10 décembre des assemblées interprofessionnelles ont regroupé des centaines de grévistes. Des actions et manifestations communes ont été décidées. Ailleurs, des enseignants ont fait des tracts pour s’adresser aux caissières des centres commerciaux, aux clients qui sont aussi des travailleurs, aux passants. D’autres grévistes, comme ceux partis du dépôt de bus RATP de la rue de Lagny à Paris 20e sont allés ensemble, tous secteurs confondus, rencontrer les salariés de l’hôpital Tenon.

Ces actions sont importantes car elles témoignent du même sentiment chez tous les travailleurs. Tous savent que la réforme du gouvernement vise à faire des économies et à réduire les pensions de chacun. Tous en ont assez des salaires trop faibles, des conditions de travail qui se dégradent. Ces actions sont les meilleurs antidotes à la propagande gouvernementale visant à faire croire que les travailleurs du privé sont hostiles à une grève présentée comme celle du seul secteur public.

Marion AJAR