SNCF : les mensonges de la Cour des comptes

20 Novembre 2019

Destiné à lancer la meute de journalistes et de politiciens sur le dos des cheminots à l’approche de l’offensive du gouvernement contre les retraites, le rapport de la Cour des comptes est un ramassis de mensonges et d’inepties.

Pour répandre l’idée que les cheminots ne travaillent pas, le rapport ose prétendre que leur productivité a stagné, voire reculé depuis 2000 : « Un bilan de l’évolution des effectifs du groupe public ferroviaire (GPF) montre que leur réduction entre 2000 et 2017 (-17 %) est corrélée à la baisse de l’activité, qu’elle soit mesurée en unités kilométriques (-17,2 %) ou en trains-km (-18,6 %). » Difficile d’être plus malhonnête. Chacun, à part les magistrats de la Cour des comptes, a pu remarquer que la SNCF utilise de plus en plus des rames doubles ou à deux étages par train. Aucune statistique d’activité ne se base sur le nombre de trains, mais sur le nombre de voyageurs ou de tonnes de marchandises transportées depuis l’origine des chemins de fer. Et là, les chiffres de la SNCF elle-même sont bien différents.

Si le nombre de cheminots a bien baissé de plus de 30 000 entre 2000 et 2017, soit -18 %, le nombre de voyageurs transportés est passé de 846 millions à 1,27 milliard, soit une progression de 50 % ! Même en incluant le recul du fret, la productivité des cheminots a au contraire explosé dans cette période.

Les cheminots ont partout vécu cette augmentation de la productivité comme une dégradation des conditions de travail : généralisation du travail de nuit dans les ateliers, polyvalence exigée dans de nombreux métiers, équipement à agent seul dans les trains au mépris de la sécurité, files d’attente interminables devant les guichets encore ouverts etc.

Il en va de même des mensonges sur les rémunérations des cheminots qui progresseraient trop vite, selon des magistrats qui gagnent des salaires dix fois supérieurs à ceux des cheminots. La réalité est qu’à la SNCF, pour la cinquième année consécutive, la valeur du point, et donc les salaires de base, est gelée. Les salaires d’embauche sont au smic dans différentes filières et ce n’est qu’avec des primes de nuit, de travail en équipes, week-end et jours fériés que des cheminots atteignent péniblement 1 600 euros au bout de vingt ans d’ancienneté, comme en témoignait un gréviste des ateliers de Châtillon.

C’est une tentative grossière de tenter d’opposer les cheminots aux autres travailleurs.

Avant même le 5 décembre, plusieurs mouvements ont éclaté, de la base, dans différents secteurs de la SNCF, exprimant le ras-le-bol des conditions de travail et la faiblesse des salaires.

Le succès du 5, à la SNCF comme ailleurs, doit permettre d’aller de l’avant à une tout autre échelle, renvoyant d’un coup de pied à leurs aboiements et lamentations les défenseurs des privilégiés du CAC40.

Christian BERNAC