Prisonniers djihadistes : les mains sales de l’impérialisme20/11/20192019Journal/medias/journalnumero/images/2019/11/2677.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Prisonniers djihadistes : les mains sales de l’impérialisme

Comme il l’annonçait depuis des semaines, le gouvernement turc d’Erdogan a commencé, le 11 novembre, à renvoyer vers leurs pays d’origine des combattants européens de Daech emprisonnés en Turquie et dans le nord de la Syrie. Vingt-cinq prisonniers, dont onze Français, les autres étant Allemands, Danois ou Irlandais, doivent être expulsés au cours du mois de novembre.

Ces expulsions sont en fait une réponse d’Erdogan aux critiques occidentales après l’invasion du Kurdistan syrien par l’armée turque. En Turquie, elles sont mises en scène par le ministre de l’Intérieur, qui dit aux dirigeants européens « Reprenez vos ressortissants » pour faire vibrer la corde nationaliste. En France, elles sont dénoncées par des politiciens comme Le Pen ou Dupont-Aignan, qui sèment la peur en agitant la menace du terrorisme et de la contagion idéologique parmi les prisonniers de droit commun. En réalité, les extraditions de prisonniers accusés de terrorisme, y compris des femmes et des enfants, ne sont pas nouvelles. Elles se font selon un accord négocié sous Hollande et Cazeneuve entre les gouvernements turc et français. Près de 200 personnes ont ainsi été remises à la police française depuis 2014.

Dans cette affaire, Erdogan et les dirigeants occidentaux, dont Macron, sont en compétition pour la palme du cynisme et de l’inhumanité. La Turquie brandit la menace, si on critique sa politique, d’ouvrir ses frontières pour laisser partir vers l’Europe une fraction des 4 millions de réfugiés, dont 3,6 millions de Syriens, installés sur son territoire. Les Occidentaux, européens et américains, ont laissé les pays voisins de la Syrie gérer seuls l’afflux de réfugiés fuyant la guerre. Plus cyniques encore, ils ont laissé les Kurdes de Syrie supporter l’essentiel des pertes humaines dans la guerre contre Daech (11 000 morts) puis se débrouiller seuls avec les prisonniers faits au cours des combats. La seule contribution occidentale à l’encadrement des prisonniers de Daech a été la fourniture des combinaisons orange rendues tristement célèbres dans la prison américaine de Guantanamo.

Ces prisonniers ont été enfermés dans des camps ou des hangars, véritables mouroirs où s’entassent des combattants endurcis et des enfants de la guerre, des blessés mal soignés avec des amputés atteints de gangrène, tous dénutris, comme l’a rapporté un insoutenable reportage du journal le Monde daté du 2 novembre. Chaque matin, plusieurs prisonniers ne se relèvent plus... L’un de ces terribles « djihadistes » français n’est autre qu’un jeune de 17 ans, né à Roubaix, emmené en Syrie en 2012 par sa famille qui a été dispersée et décimée par la guerre.

Lâchés par Trump, contraints de quitter le nord du Rojava, les miliciens Kurdes ont abandonné ces prisonniers, présumés djihadistes, dans de véritables camps de la mort. En se renvoyant la balle pour les prendre en charge, les dirigeants occidentaux et turcs espèrent visiblement qu’ils mourront tous avant d’avoir à agir. Ces meurtres par pourrissement, loin des caméras, sont le complément de la longue liste des exactions des puissances occidentales pour dominer et exploiter le Moyen-Orient.

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