Plan santé : vers l’accélération des fermetures d’hôpitaux

20 Février 2019

En présentant son plan santé le 12 février, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s’est félicitée de la création de plusieurs centaines d’hôpitaux de proximité. On pourrait croire qu’elle met un coup d’arrêt aux fermetures, incessantes depuis des années, de petits hôpitaux et de maternités et qu’elle revient en arrière pour satisfaire au mieux les besoins. Malheureusement, il n’en est rien.

Des hôpitaux existants vont voir leurs moyens d’accueil des patients drastiquement réduits, pour devenir des hôpitaux de proximité qui n’ont plus d’hôpitaux que le nom : Agnès Buzyn a annoncé elle-même sans gêne qu’ils ne comporteront ni maternité, ni chirurgie, ni urgences. Destinés à masquer les économies sur la santé et l’accélération des fermetures de maternités et de services hospitaliers dans tout le pays, ils correspondront en réalité à ce qu’on appelait avant les hospices. Aussi peu vindicatifs que peuvent être les élus des villes moyennes, un certain nombre se sont émus des conséquences de ce projet.

Cette destruction des moyens d’accueil concerne tout autant les grandes métropoles, et jusqu’à la région parisienne, dans une politique qui suit un schéma bien balisé. Après avoir fermé la maternité d’un hôpital, le fait qu’il n’y a plus d’anesthésiste, puisqu’on a fermé la maternité devient un argument pour fermer la chirurgie. Si, parallèlement, on ferme les urgences, il reste donc un hôpital presque sans médecins, ni infirmières et avec très peu d’aides-soignantes.

Ce scénario catastrophe se déroule un peu partout dans le pays et a déjà touché des centaines de structures autrefois hospitalières. Les petites maternités qui font 300 ou 400 accouchements ne sont pas les seules touchées. Celles qui font 500, 1 000, 2 000 accouchements ou encore plus par an peuvent être promises à la fermeture. Ainsi dans l’Oise, à Creil, une agglomération populaire de 100 000 habitants, on vient de fermer une maternité dite de niveau 3, prenant en charge les prématurés et les urgences prénatales. Elle est transférée à Senlis, une petite ville bourgeoise isolée de tout, sans transports publics pour y accéder. Mais même à Paris des maternités sont fermées, entre autres celle de l’hôpital Saint-Antoine, qui réalisait pourtant 2 500 accouchements par an !

Tous les autres hôpitaux, en région parisienne et en province, connaissent les réorganisations continuelles de services, leur concentration, visant à chaque fois à diminuer les capacités d’accueil en fermant des lits et en supprimant du personnel. Les services hospitaliers sont le plus possible sous-traités au privé. Ainsi un grand hôpital dit de pointe pour la neurochirurgie, la chirurgie cardiaque et l’ophtalmologie, la fondation Rothschild à Paris, a vu supprimer son laboratoire d’analyses pourtant vital. Il doit maintenant transmettre ses prélèvements, parfois d’urgence absolue, à un laboratoire privé.

Le plan du gouvernement est simple et clair : c’est un plan d’économies drastiques, quitte à réduire de façon criminelle la prise en charge hospitalière des malades.

Paul SOREL