Nos lecteurs écrivent : À propos du mouvement des gilets jaunes

20 Février 2019

« Qu’est ce qui fait le dénominateur commun de tous ces gens qui, au-delà de leur grande diversité, se retrouvent ensemble sur les ronds-points ou dans les manifestations depuis trois mois pour exprimer un mal-être ?

Il me semble que l’augmentation de la taxe sur les carburants n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En revanche, dans le flot de commentaires divers et variés sur la situation actuelle, je m’étonne qu’absolument personne ne parle de la déstabilisation de la Sécurité sociale et de la mise à mal du principe d’universalité qui, jusque-là, permettait aux gens de ne pas tomber dans la pauvreté. Pourtant, c’est bien la modulation des allocations familiales selon les ressources du foyer depuis le projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 2015, prolongée par d’autres mesures allant dans le même sens, qui engendre, pour n’en citer que quelques-unes :

  • une exclusion de nombreux bénéficiaires du RSA du dispositif depuis 2015
  • la baisse des APL depuis 2017
  • le désindexation des retraites en 2018
  • les menaces sur les pensions de réversion
  • la baisse des prestations chômage actuellement envisagée et en somme une paupérisation de l’ensemble de la population.

Pour se persuader que cette mise à mal du principe d’universalité de la Sécurité sociale est à l’origine de la crise actuelle, il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que le dénominateur commun d’une grande partie de la population est la difficulté à boucler les fins de mois depuis qu’en 2015 les CAF ont, au nom de « l’individualisation du calcul des droits », réduit voire supprimé purement et simplement toutes les prestations sociales qui permettaient jusque-là aux gens de s’en sortir, les CAF ayant recours, pour ce faire, au conditionnement renforcé de l’ouverture de ces droits ainsi qu’au durcissement drastique des contrôles au nom d’une prétendue lutte contre la fraude afin d’écarter des bénéficiaires des dispositifs. »

Benoît

Les difficultés à boucler les fins de mois touchent de plus en plus de travailleurs du fait du chômage, de la précarité. La baisse des revenus de la population laborieuse résulte aussi, comme tu le soulignes, de la baisse des prestations sociales. Et si au début des plans de licenciements massifs, l’État a amorti les conséquences de la crise par le développement de ces prestations, il revient en arrière depuis plusieurs années.

La remise en cause du « principe ­d’universalité de la Sécurité sociale », pour autant qu’il n’ait jamais été respecté, n’est que la couverture du pillage de l’argent public au profit de la bourgeoisie. Les gouvernements, les uns après les autres, compensent les sommes versées au grand patronat en réduisant les budgets revenant à la population directement ou indirectement au travers des services publics ou des systèmes sociaux.