Espagne : élections anticipées sur fond de crise

20 Février 2019

Le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, n’a pas obtenu de majorité pour le vote de son budget et a décidé de dissoudre les Cortes (le Parlement) et d’avancer la date des élections générales au dimanche 28 avril.

Le PSOE (Parti socialiste) et ses alliés de Podemos et d’Izquierda unida, minoritaires au Parlement, savaient que cette fois ils n’obtiendraient pas le soutien des indépendantistes catalans. Ceux-ci, en échange de leurs votes, exigeaient en effet l’ouverture d’une négociation sur le droit à l’autodétermination de la Catalogne, ce que refusait Sanchez.

Depuis plusieurs mois, toute la politique du PSOE a consisté en une stratégie pour tenter de récupérer son électorat et se présenter comme le gouvernement le plus social de ces dernières années. Tout a été calculé pour obtenir les meilleurs résultats dans les urnes, la grande mesure ayant été la hausse du salaire minimum, fixé maintenant à 900 euros.

En fait, il n’y a eu aucune mesure réelle sur la perte permanente de pouvoir d’achat, le chômage, les licenciements en masse, les emplois précaires, le bradage des services publics avec les réductions d’emplois dans la santé, l’éducation… Année après année, les grandes familles qui contrôlent les banques, les grandes entreprises et les grandes propriétés agricoles accumulent les profits. Les entreprises de l’IBEX, l’indice de la Bourse équivalant au CAC 40, ont augmenté leurs bénéfices de 20 % lors de l’année 2017.

Ce sont les travailleurs et les classes populaires qui le paient. Le chômage touche officiellement plus de 3 millions et demi de travailleurs et de multiples entreprises continuent à licencier massivement. C’est le cas de banques comme la Caixa ou Santander, d’entreprises de télécommunication comme Vodafone, de la chaîne alimentaire Dia ou des chantiers navals de Sestao... Les licenciements touchent aussi les services publics. La loi Montoro, qui n’a pas été abolie, interdit aux municipalités de créer des emplois et privatise les services de première nécessité. Les administrations publiques ont perdu 155 841 travailleurs depuis janvier 2010. Dans les entreprises, c’est la précarité et les bas salaires.

Les élections andalouses de décembre dernier ont montré une désaffection de l’électorat socialiste et de celui de Podemos, qui se sont massivement abstenus, ce dont a profité la droite.

Celle-ci, qui était rassemblée autour du Parti populaire, avait perdu le pouvoir, éclaboussée par des années de corruption, et s’était divisée. Ciudadanos, appuyé par les milieux financiers, est né en Catalogne, défendant le nationalisme espagnol face aux nationalistes catalans, se présentant comme le parti anticorruption. En Andalousie Ciudadanos s’est associé au PP pour prendre la tête de la région, appuyés par le parti d’extrême droite Vox.

Le procès de dirigeants de la Généralité (gouvernement régional catalan), qui avaient organisé un référendum sur l’indépendance de la Catalogne le 1er octobre 2017, amène le nouveau leader du PP, Casado, à multiplier les invectives nationalistes dignes du franquisme. Les dirigeants catalans sont présentés comme des terroristes ayant voulu faire un coup d’État. Cette politique basée sur un chauvinisme espagnol exacerbé, qui fut le cheval de bataille du franquisme, va être un des axes de campagne du PP et de toute la droite. Cette droitisation est en grande partie liée à l’apparition de l’extrême droite représentée par Vox, un groupe issu du PP et qui n’avait connu aucun succès électoral jusqu’aux dernières élections andalouses. Cette extrême droite ultranationaliste, machiste, catholique intégriste et franquiste sans masque a obtenu 10 % des voix aux dernières élections andalouses.

Dans ce panorama, le programme de la gauche, que ce soit le PSOE ou Podemos, ne peut que paralyser ceux qui subissent la crise. Plus que jamais, le monde du travail a besoin de se mobiliser autour d’un programme de défense de ses intérêts.

Jacques MULLER